La culture de l’observation dans une école Montessori

Aujourd’hui je voudrais revenir sur un sujet que je considère absolument central dans l’éducation Montessori : il s’agit de l’observation.

L’observation est une notion centrale dans la pratique professionnelle des éducateurs Montessori, comme Salma Hmem l’a détaillé dans cet article.

Ce que l’on sait moins, c’est à quel point la pratique régulière de l’observation par tous les acteurs d’une Ecole Montessori peut progressivement construire une culture positive, qui bénéficie à tous et en premier lieu aux enfants.

C’est ce sujet que je veux discuter dans ce billet.

Dans une école Montessori, une culture de l’observation doit être adoptée par tous les acteurs, y compris les éducateurs, les administrateurs et les parents, car elle joue un rôle vital dans l’éducation et la croissance des enfants. En s’engageant activement dans la pratique de l’observation, chacun.e contribue aux aspects et avantages suivants de la promotion d’une culture de l’observation :

Instruction individualisée : Grâce à l’observation, les éducateurs acquièrent des connaissances précieuses sur les besoins, les intérêts et le développement propres à chaque enfant. Ils peuvent ensuite collaborer avec les administrateurs et les parents pour concevoir des plans d’enseignement individualisés qui répondent aux besoins spécifiques de chaque enfant. Cette approche collaborative garantit que les enfants reçoivent des leçons, du matériel et des activités personnalisés qui soutiennent leur croissance et leur développement.

Un environnement réceptif : Les observations des éducateurs et des administrateurs éclairent les décisions relatives à l’environnement physique de l’école. Ils peuvent évaluer collectivement la disposition, l’agencement du matériel et l’atmosphère générale de l’environnement d’apprentissage. En procédant à des ajustements sur la base de ces observations, ils créent un environnement adapté, stimulant et propice à l’apprentissage.

Compréhension approfondie des étapes du développement : Les observations menées par les éducateurs, les administrateurs et les parents contribuent à une compréhension globale des étapes du développement des enfants. En partageant leurs observations, les parties prenantes peuvent collaborer pour identifier et soutenir l’acquisition de compétences et d’aptitudes spécifiques à chaque stade de développement. Ces connaissances partagées garantissent que toutes les parties prenantes s’accordent pour proposer des défis et des conseils appropriés.

Identifier les styles d’apprentissage et les préférences : Les efforts d’observation en collaboration permettent aux adultes d’identifier les styles d’apprentissage individuels et les préférences des enfants. En partageant leurs observations, ils peuvent reconnaître collectivement comment les enfants apprennent le mieux – qu’ils soient visuels, auditifs ou kinesthésiques. Cette connaissance permet ensuite aux adultes d’offrir des expériences et du matériel d’apprentissage qui répondent aux différents styles d’apprentissage, améliorant ainsi l’engagement et la compréhension.

Encourager l’indépendance et l’autodirection : Les observations des éducateurs, des administrateurs et des parents permettent de reconnaître les moments où un enfant est prêt à relever de nouveaux défis et à assumer de nouvelles responsabilités. Grâce à des efforts de collaboration, les adultes peuvent encourager et favoriser l’indépendance des enfants. Ils peuvent travailler ensemble pour donner aux enfants la possibilité d’exercer leur autonomie et d’explorer leurs centres d’intérêt, en veillant à ce que l’approche soit cohérente entre les environnements familial et scolaire.

Intervention et soutien précoces : Les observations faites par toutes les parties prenantes facilitent l’identification précoce des éventuels retards de développement, des difficultés d’apprentissage ou des problèmes socio-affectifs. En partageant ouvertement leurs observations et leurs préoccupations, les éducateurs, les administrateurs et les parents peuvent collaborer pour fournir des interventions et un soutien en temps opportun. Cette approche multidimensionnelle garantit que les enfants reçoivent une aide et des ressources complètes pour surmonter les difficultés et s’épanouir dans tous les aspects de leur développement.

Documentation des progrès et de la croissance : Les efforts d’observation en collaboration aboutissent à une documentation complète des progrès et de la croissance de chaque enfant. Les éducateurs, les administrateurs et les parents peuvent collectivement tenir des registres, prendre des notes et constituer des portfolios qui illustrent le développement de l’enfant dans différents domaines. Cette documentation commune constitue un outil précieux pour l’évaluation et la communication entre les parties prenantes, favorisant ainsi une compréhension globale du parcours de l’enfant.

Établir des liens significatifs : Les observations menées par les différents adultes contribuent à l’établissement de liens solides entre les éducateurs, les administrateurs, les parents et les enfants. En partageant ouvertement leurs observations et leurs points de vue, les parties prenantes peuvent favoriser la confiance, les rapports et les relations significatives. Ces relations constituent la base d’une communication, d’une collaboration et d’un soutien efficaces, garantissant un environnement éducatif stimulant et enrichissant.

Développement professionnel et réflexion : Une culture de l’observation encourage le développement professionnel et la réflexion des éducateurs et des administrateurs. En s’engageant dans des observations et des discussions collaboratives, ils peuvent réfléchir collectivement aux pratiques pédagogiques, affiner les stratégies d’enseignement et approfondir leur compréhension du développement de l’enfant. Ce développement professionnel partagé améliore la qualité globale de l’éducation et garantit que les adultes évoluent continuellement pour répondre aux besoins changeants des enfants qu’ils servent.

Engagement des parents et partenariat : Une culture de l’observation implique activement les parents en tant que partenaires précieux dans l’éducation de leur enfant. En invitant les parents à faire part de leurs observations, de leurs idées et de leurs points de vue, les éducateurs, les administrateurs et les parents peuvent collectivement acquérir une compréhension globale de l’enfant. Cette approche collaborative favorise des lignes de communication ouvertes, renforce le partenariat entre la famille et l’école et permet aux parents de soutenir activement l’apprentissage et le développement de leur enfant.

En conclusion, une culture de l’observation, adoptée par tous les acteurs d’une école Montessori, améliore l’expérience éducative des enfants. En s’engageant activement dans l’observation et en collaborant à l’analyse et à l’utilisation des informations recueillies, les intervenants créent un environnement qui favorise l’enseignement individualisé, des environnements d’apprentissage adaptés et une compréhension globale du développement de chaque enfant.

Grâce à cette approche collaborative, les intervenants favorisent l’indépendance, l’intervention précoce, la documentation, les liens significatifs, la croissance professionnelle et l’engagement des parents, pour finalement favoriser la croissance et le développement holistiques de chaque enfant.

Et cerise sur le gateau : même si certains aspects n’ont l’air de rien, je peux vous assurer que c’est bien cette posture générale de l’observation qui permet de progresser tous ensemble. Car l’observation s’oppose au jugement. Et ne pas se sentir jugé procure un véritable sentiment de liberté et de joie, que nous soyons enfants ou adultes.

4 clés pour ouvrir un collège Montessori

Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion de partager en profondeur avec une école Montessori de la région (l’école Montessori de Thonon-les-Bains, à découvrir ici : https://www.eclimontessori.org) plusieurs réflexions concernant l’ouverture d’un collège Montessori.

Cet échange, extrêmement intéressant (merci Marianne, Pauline et Pierre), m’a aussi permis de formaliser un peu plus l’expérience que nous avons accumulée depuis plus de 7 ans maintenant au Collège Maria Montessori des Aiglons (ici : https://www.montessori-aiglons.com). 

Pas de miracle, mais 4 points-clés pour ouvrir un collège Montessori

Comme je le leur ai dit, il n’existe pas de “formule miracle” pour les collèges Montessori, qui restent des projets extrêmement complexes à mettre en oeuvre, et pas forcément rentables – avis aux amateurs. Le nombre malheureusement élevé de projets qui avortent ou ferment après quelques années est là pour en témoigner, en dépit de l’intérêt évident d’un collège Montessori pour les adolescents d’aujourd’hui, et encore plus de demain dans la société post-Covid qui se dessine.

Indépendamment de toute la partie “ouverture” et préparation, sur laquelle vous pourrez trouver des informations sur le net, il me semble que 4 points doivent faire l’objet d’une réflexion approfondie, quelle que soit la forme définitive qui sera choisie pour le projet in fine.

La vie résidentielle, premier enjeu

Le premier point concerne la vie résidentielle. Dans la pédagogie Montessori, et compte tenu des besoins de l’adolescent qui est entré dans son 3ème plan de développement, il est nécessaire de prévoir des modalités pratiques pour leur permettre d’expérimenter la vie en communauté, si différente de celle auprès de leurs parents. C’est typiquement le besoin le plus important de cette tranche d’âge.

Comment le faire ? Les réponses peuvent être variées, depuis l’internat, hebdomadaire ou plus long, jusqu’à des périodes de type “camp” qui soient elles aussi suffisamment longues.

Une équipe dédiée aux besoins des adolescents

Le deuxième point est celui de l’équipe, qui devra nécessairement être une équipe dédiée. En effet les besoins des adolescents, en particuliers leurs besoins émotionnels, impliquent un changement de rôle pour les adultes éducateurs qui les accompagnent. Il s’agit plus d’un rôle de “mentor”, différent de celui de “guide” développé pendant la période 6-12 ans.

Donc si vous pensez pouvoir (je ne parle pas ici d’une période de transition d’une année ou deux lors de la création de votre collège) gérer des adolescents à mi-temps, vous vous exposez à de sérieuses déconvenues. Ils vous le feront sentir très rapidement ! Sans compter que si vous êtes par exemple, à mi-temps en 6-12 et à mi-temps en 12-15, vous risqueriez de devenir schizophrène, tellement les besoins sont différents.

L’importance de la formation

Le troisième point concerne la formation de l’équipe. Comme pour chaque tranche d’âge bien entendu. Que dire sur ce sujet, à part que rien de convaincant n’existe à ce jour en français ? La formation auprès de l’Association Montessori Internationale (AMI) est la formation référente, elle est disponible en anglais aux USA ou en Suède – et maintenant en partie en ligne (ici : https://www.trainmontessori.org/3rd-plane-breakdown). Au vu de notre expérience encore, je vous encourage vivement à former au moins 2 personnes de votre équipe, histoire d’épargner à la seule personne formée des heures de dilemme sur ses choix pédagogiques, et de diminuer un peu sa charge mentale.

Sélectionner les familles, un enjeu politiquement incorrect

La quatrième point, enfin, concerne la sélection des familles. C’est un sujet très difficile et politiquement incorrect, d’autant plus qu’à cet âge la pédagogie Montessori représente pour certaines familles l’espoir d’une solution quasi “miraculeuse” pour leur adolescent. Mais, chers responsables de collèges Montessori, je vous invite très fermement à avoir un processus de sélection extrêmement rigoureux pour les familles non issues d’écoles Montessori.

Le projet pédagogique Montessori pour les adolescents étant ce qu’il est, avec son côté “disruptif”, ce sont ces mêmes familles enthousiastes à la recherche du miracle, qui risquent de se retourner contre vous au bout de quelques mois, et parfois violemment. Car vous les aurez fait sortir de leur zone de confort et elles seront fortement déstabilisées, alors que les “résultats concrets” pour leur adolescent ne seront pas encore présents.

Soyez prudents afin d’éviter des déceptions pour tout le monde.

A bientôt !

Mars à juin 2021 : cours d’Administrateur d’école Montessori en ligne et en français !

Avec Bill Conway et Christine Harrison en avril 2019 lors du 1er cours donné à Paris

À partir de fin mars jusqu’à mi-juin 2021, le premier cours d’Administrateur d’école Montessori entièrement en ligne sera proposé par l’Institut Supérieur Maria Montessori, l’ISMM. Il s’agit d’un cours accrédité par l’Association Montessori Internationale AMI.

J’aurai le privilège de l’animer en tant que formateur au côté de mon ami et collègue Bill Conway, formateur AMI et directeur d’écoles Montessori pendant plus de 30 ans, en Amérique et en Australie.

Le cours d’Administrateur d’écoles Montessori, comme je l’ai indiqué dans des précédents billets (là : https://www.montessoriaction.fr/je-suis-devenu-formateur-montessori-international-partie-1/ et là : https://www.montessoriaction.fr/je-suis-devenu-formateur-montessori-international-partie-2/) a été imaginé et développé initialement à partir de l’Asie, pour être diffusé mondialement.

Il ne traite donc pas de sujets purement « français » (comme les normes comptables, les réglementations nationales ou locales etc), mais il s’attarde sur ce qui fait la spécificité d’une école Montessori, quel que soit le pays dans lequel elle se situe.

Un cours en 3 parties

Le cours s’organise ainsi en 3 parties :

  1. les fondamentaux de la pédagogie Montessori vus dans la perspective d’un.e directeur.trice d’école Montessori
  2. une école Montessori vue comme une communauté, et tout ce que cela entraîne (travailler avec les parents…)
  3. comment devenir un administrateur d’école efficace.

C’est dense, intense, riche…et cela va certainement modifier votre façon de voir les choses !

Pour les personnes en poste en priorité

Un conseil : ce cours est plus adapté si vous êtes en fonction dans une école Montessori existante. car de nombreuses activités, exercices pratiques etc sont prévus, et vous en bénéficierez pleinement si vous avez en tête des situations concrètes ! Par contre, nul besoin d’être formé.e à la pédagogie Montessori au préalable (diplôme d’assistant.e ou d’éducateur.trice) ! Le cours apporte les fondamentaux nécessaires. Si vous l’êtes, ce sera l’occasion de revisiter ces notions, d’un point de vue différent. Je peux vous assurer au vu des témoignages des participants aux précédents cours (Paris en 2019 et Genève en 2020) que cela est apprécié, même de la part d’éducateurs.trices chevronné.e.s !

Des nouveautés cette année

Pour nous formateurs aussi, le cours évolue chaque année : nous tenons compte des réactions des participants, et essayons d’améliorer les contenus pour nous tenir au plus près des préoccupations de toutes celles et tous ceux qui permettent aux éducateurs.trices de s’occuper sereinement de nos enfants. Ainsi, je peux d’ores et déjà vous annoncer une ou deux nouveautés par rapport au cours donné en 2019 😉

À noter que le cours est extrêmement demandé partout dans le monde, donc si vous voulez en profiter en français, avec la praticité du format en ligne (une session par semaine, le mardi matin) c’est le moment !

Les inscriptions se passent par ici : https://www.formation-montessori.fr/nos-formations/administrateurs-detablissements-montessori/

J’espère vous voir nombreux !

Rester ou partir ? 5 questions au sujet des locaux

Régulièrement dans la vie d’une école Montessori, se pose la problématique des locaux.

Dès le départ, trouver des locaux adaptés peut s’apparenter à un véritable parcours du combattant. Quoique de mon point de vue, la tâche la plus difficile n’est pas de trouver des locaux, mais une équipe. Avec une bonne équipe, on pourra toujours s’accommoder de locaux mal adaptés (temporairement au moins). Alors que sans équipe ou avec une équipe bancale, on aura beau avoir des locaux superbes, on n’arrivera à rien.

J’aurai l’occasion d’explorer ce sujet plus en détail ; mais revenons aujourd’hui à l’objet de ce billet.

Une question inévitable

Une fois que l’on a trouvé ses locaux, il arrive toujours un moment où :

  • soit l’école grandit, se développe, et…a besoin de nouveaux locaux
  • soit l’école fonctionne bien mais ne dégage que peu de bénéfices (quelle surprise !) ou au contraire en dégage beaucoup (j’en connais peu mais soyons optimiste), et il se trouve toujours une ou plusieurs personnes pour dire que vraiment, on jette de l’argent par les fenêtres avec ce loyer à fonds perdus (je n’ai pas pris l’hypothèse, statistiquement faible, dans laquelle vous êtes propriétaire dès le lancement de votre école – mais dans ce cas, ce billet ne vous concerne pas directement 😉
  • soit on a trouvé des locaux pas chers, donc pas en très bon état, et ce qui était admissible à l’ouverture (au choix : il fait froid, il fait chaud, c’est bruyant, les murs tombent…) ne l’est plus quelques années après
  • soit l’école connait des difficultés économiques, et très vite, on se pose la question du loyer.

Bref…au bout de quelque temps, la question des locaux se repose invariablement.

Parce que le rêve de chacun, quand on s’investit autant dans un projet, quand on y met tellement de soi-même, comme dans une école Montessori, c’est bien de pouvoir disposer d’un cadre correspondant à ses envies.

Et puis aussi, on nous a tellement rabâché qu’il fallait “préparer son environnement” !

Je crois que c’est un sujet qui revient immanquablement soit tous les 3-4 ans, si l’équipe est stable, soit à l’arrivée d’un ou plusieurs nouveaux interlocuteurs dans l’école, donc possiblement plus fréquemment. Donc cela vaut le coup d’y consacrer un billet de ce blog.

Le besoin vital d’une stratégie

Pour dire qu’il faut élaborer une stratégie…et s’y tenir ! C’est le plus dur 😉

Rester ou partir, partir ou rester, si on prend le sujet dans ce sens, on n’en sort jamais.

Par contre, considérez qu’une école fonctionne avec des familles, que si vous en perdez 5 ou 6, cela peut suffire pour fermer (dans la plupart des cas dans notre environnement francophone) vu l’équilibre précaire de nos écoles. Qu’un tiens ! vaut mieux que deux tu l’auras ! Qu’on sait ce qu’on quitte, pas ce qu’on aura…

5 questions à se poser

Tout cela pour vous dire qu’un déménagement, cela s’anticipe avec quelques questions simples :

  1. votre loyer actuel est-il au prix du marché ou pas ?

Vous pouvez avoir bien négocié au départ, mais ce qui était un avantage peut devenir un handicap quand il s’agira de changer. Il faudra fournir un effort encore plus important.

  1. question complémentaire : quel est l’état du marché immobilier autour de chez vous, combien de temps vous faudra-t-il pour trouver en moyenne ? 

Discutez-en avec un ou plusieurs agents immobiliers. Et demandez-lui quels sont les types de locaux que l’on peut trouver. Peut-être que votre local “idéal” n’existe pas en fait, qu’il en existe des plus petits ou des plus grands, mais pas celui que vous cherchez. Cela arrive.

  1. avez-vous des économies, issues des années précédentes ?

Elles vous seront nécessaires pour déménager. Et aussi pour vous faire financer si besoin.

  1. votre propriétaire actuel est-il “soutenant” ou pas ? 

Parce que si c’est le cas, réfléchissez avant de le quitter, sauf à ce que ce soutien vous soit facturé au prix fort. Et encore… Pensez bien que le tout n’est pas d’inaugurer, il faut vivre chaque jour.

  1. quel est votre stratégie de développement pour les prochaines années ? Quelle est votre prévision d’effectifs et de revenus associés ?

Parce que vous allez certainement devoir emprunter pour financer ce local plus grand, le déménagement et les éventuels travaux. Et que je vous déconseille fortement de mettre toute votre capacité de financement dedans, en gelant les salaires de votre équipe pendant 5 ans par exemple. Cela risque de mal finir pour tout le monde.

Je vous laisse compléter la liste 🙂

Rester à l’écoute du marché et des opportunités, oui. Mais si vous n’avez pas de stratégie de développement pour votre école à 5 ans (voire à 10 ans – cf mon précédent billet), cela ne vous servira à rien, juste à provoquer de la frustration.

A bientôt !

It’s the demography, stupid!

Après une longue absence, je reprends le fil de ce blog. 

J’ai été pas mal occupé ces derniers mois depuis mars 2020. Par le Covid-19, qui a interrompu la plupart de mes projets (on ne voyage plus !). J’i aussi passé du temps avec mes collègues à écrire et amender de nombreuses fois des protocoles sanitaires bien sûr.

Montessori Action disponible en anglais !

Une autre nouveauté, dans un genre très différent : nous avons lancé la version en anglais de notre plateforme Montessori Action. Vous la trouverez ici : montessoriaction.com. Et pour l’occasion, la page Facebook de Montessori Action en français a été rebaptisée Montessori Action France. Vous la trouverez par là : https://www.facebook.com/montessoriactionfrance.

À l’heure où j’écris ces lignes, nous avons plus de 1200 abonnés sur notre page Facebook. Cela fait plaisir 🙂

J’ai aussi consacré pas mal d’énergie au management de l’École Montessori du Pays Rochois, pour laquelle j’ai assuré une mission de direction d’école par intérim pendant un an, suite au départ brusque et inattendu de sa fondatrice Clémence Corré pour cause de burn-out. 

Passer le cap du départ de sa fondatrice

À mon départ fin octobre 2020, je laisse l’école en bon état, avec la sentiment du devoir accompli. Nous avons su traverser la crise du Covid et le départ de Clémence sans perdre trop de familles, et nous sommes parvenus à en recruter de nouvelles malgré tout dans ce contexte compliqué. Une fois de plus, un directeur d’école n’est rien sans ses éducatrices, donc je tiens à remercier en particulier Clotilde et Gwenaëlle pour leur année d’engagement auprès des enfants. 

Une nouvelle équipe pédagogique est en place, les effectifs sont au plus haut, l’école bénéficie de plusieurs experts en appui, donc ça devrait rouler. Je n’ai pas pu porter comme je le souhaitais les réformes de gouvernance plus ambitieuses qui auraient permis de solidifier davantage les fondations, mais c’est la vie ! Bon courage à eux en tout cas.

Et justement, cette expérience supplémentaire de management d’école m’a confronté une fois de plus aux “lois d’airain de la démographie scolaire”. 

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Je veux dire par là qu’une école (privée hors contrat, donc qui dépend quasi exclusivement des frais dec scolarité) se pilote avant tout par les effectifs, et que les décisions stratégiques doivent dès lors s’apprécier à l’aune de la démographie actuelle et future de l’école, celle qui permettra ou non d’avoir les moyens de ses ambitions.

Une école Montessori comme un paquebot

Et justement, une école ressemble plus à un paquebot qu’à un bateau-fusée du Vendée Globe. Toute décision prise une année X est susceptible d’avoir des répercussions jusqu’à 8 ou 10 ans après, selon la taille de l’école et la diversité des classes. Et donc une décision qui semble pertinente à l’instant T doit aussi être évaluée en fonction de son impact potentiel dans le futur, parce qu’elle pourrait plus tard entrainer de sérieuses complications. 

Un exemple : vous avez une classe de 3-6 ans de 25 élèves. Vous voulez augmenter vos éducatrices, ou bien renforcer l’équipe, ou tout autre motif (travaux à venir etc). Vous décidez d’ouvrir les robinets et de recruter 15 élèves de 3 ans l’année prochaine, là où la démographie “naturelle” de votre école aurait conduit à n’en recruter que 8 ou 9 maximum. 

Et bien il y a fort à parier que dans quelques années, cela ne conduise à un dépassement des effectifs admissibles dans la classe élémentaire ! Effectifs admissibles au regard des locaux, ou bien de la gestion de la classe, ou encore de l’accueil de nouvelles familles ou des fratries, puisque l’école sera pleine comme un oeuf !

La démographie comme base de réflexion

C’est pourquoi avant de réfléchir à des hypothèses de développement d’une école, à la création d’une classe etc, je construis toujours un tableau de la démographie prévisionnelle à 10 ans. Cela permet d’avoir une vision plus complète de l’impact des possibles décisions, ainsi que des marges de manoeuvre.

It’s the demography, stupid 😉

Je suis devenu formateur Montessori international ! (partie 2)

Quelques mois après le pilote chinois, Christine Harrison me recontacte pour me demander si je suis toujours intéressé pour participer au prochain cours d’Administrateur Montessori AMI qui aura lieu en septembre 2017, à nouveau en Chine mais à Chongqing cette fois. Ce sera le deuxième cours au monde !

Bien entendu je confirme immédiatement, m’inscris, obtiens mon visa, et me voila fin septembre 2017 dans cette mégapole de 36 millions d’habitants !! dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. 

Quelle aventure ! 

Je suis le seul véritable étranger parmi 100 participants – les 3 autres non chinois sont des expats qui vivent à Chongqing, dont 2 sont éducatrices Montessori dans une école sur place. Heureusement le centre de formation a envoyé quelqu’un me récupérer à l’aéroport, car il n’est pas toujours facile de communiquer avec les chinois, qui parlent peu anglais, ne comprennent pas toujours la langue gestuelle…La plupart des gens que je rencontre communiquent en parlant à leur téléphone qui fait la traduction via une appli…et ils vous montrent l’appli ! Mon petit problème, c’est que je pensais utiliser la wifi du centre, mais vous imaginez bien qu’à 100 étudiants, c’est interdit ! Donc il me faut utiliser une carte SIM locale, mais dans ce cas, je perds l’accès à tous les comptes, emails etc, car je suis chez Google et Google est interdit/censuré en Chine ! Bref, je m’en sortirai avec une note de téléphone astronomique et pas mal de difficultés, et mon opérateur qui me coupe la ligne…car il trouve que cette consommation inhabituelle en provenance de Chine ne peut être qu’un piratage !

L’équipe des formateurs : de gauche à droite Kathy Minardi, Bill Conway, Aidi Chen (présidente de Montessori China) et Christine Harrison

Cela étant dit, le cours, assuré par Christine Harrison, Bill Conway et Kathy Minardi qui se relaient en duos successifs est absolument fantastique : je trouve toutes les réponses aux questions que je me pose depuis des années, et même plus ! Je ressors de dix jours très intenses (un seul jour de pause, le dimanche, qui sera presque entièrement consacré aux devoirs), avec mon diplôme officiel d’Administrateur Montessori AMI, lessivé mais ravi ! Je suis enthousiaste et plus que jamais convaincu que je dois faire venir ce cours en France. Je ressens aussi que je veux jouer un rôle plus actif dans la diffusion de ce message…pour cela, un nouveau chemin se dessine : je vais commencer mon parcours pour devenir formateur !

Plus que jamais motivé, j’enchaine à un rythme effréné : suivront un autre cours en Thaïlande en janvier 2018 : je repars en Asie en tant qu’observateur cette fois. Puis je réussis à persuader les formateurs de venir faire un cours à Paris en avril 2019, le premier en Europe ! Enfin le dernier à Genève en janvier 2020, avec Christine et Cathy Swan, pendant lequel je finalise mon parcours de formateur en élaborant puis présentant plusieurs modules devant les étudiants – et en recueillant leurs évaluations, qui fort heureusement seront très positives. 

Le cours d’administrateur Montessori AMI à Genève en février 2020

3 ans pour devenir formateur AMI, finalement c’était rapide ! 

J’ai découvert tellement de choses sur le chemin : la Thaïlande et sa classe 3-6 ans de 96 enfants dans une école publique de campagne, Chongqing et son école de 25 ambiances Montessori 3-6 ans, le travail de reconnaissance officiel du curriculum (programme d’études) Montessori par les autorités publiques en Australie… 

Les portes se sont ouvertes, je ne les refermerai pas !

Je suis devenu formateur Montessori international ! (partie 1)

Avant-hier 13 février 2020, j’ai reçu la confirmation par mail de ma collègue, amie et mentor Christine Harrison : je suis devenu officiellement formateur international pour le cours d’Administrateur (directeur en français) d’écoles Montessori pour le compte de l’Association Montessori Internationale !

Super ! Yes ! Honnêtement, je suis heureux, et mon ego est flatté :))

Une belle reconnaissance, et la fin d’un long parcours pour devenir formateur. Et l’occasion de me remémorer (avec vous chers lecteur.trice.s) ce qui m’a amené là.

Un engagement bénévole de longue date

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été très investi à titre bénévole dans mes réseaux professionnels, afin de partager mon expérience, de rencontrer des collègues et de transmettre aux plus jeunes (histoire de leur faire gagner un peu de temps : ils feront leurs propres erreurs, mais peut-être ne referont-ils pas les mêmes que moi 😉 : mon investissement au sien de l’association ARADEL (un réseau de développeurs économiques pour les territoires) reste un des mes meilleurs souvenirs professionnels, avec de nombreux fous rires mais aussi une production forte de cahiers, de fiches techniques etc. Merci Claudine Pilton, Ludovic Noël et tant d’autres !

En soutien des éducatrices Montessori

Et c’est donc assez naturellement que débarquent dans l’univers montessorien, fait de petites écoles qui fonctionnent avec pas mal de bénévolat, que je m’étais investi dans le côté administration et management. D’abord parce que c’était ce que je savais faire ! Mais aussi parce que j’avais remarqué que la gestion et la management n’étaient pas le point fort des éducatrices (il peut y avoir des exceptions comme partout) : après tout à chacun son métier.

Aussi, après plusieurs années, j’ai découvert qu’il pouvait y avoir (malheureusement assez souvent, en tout cas en France) un décalage marqué entre les valeurs montessoriennes de confiance, de respect, d’écoute…que nous transmettons aux enfants, et la manière dont les adultes se comportaient entre eux – ou pour le dire plus simplement la manière dont les directeur.trice.s de structures Montessori se comportaient avec leurs équipes. 

J’ai trouvé mon engagement !

Je me rappelle très bien m’être dit à ce moment-là que ce serait çà, mon engagement dans Montessori ! Apporter ma contribution pour faire en sorte que les valeurs de Montessori sortent de la classe et irradient dans toute l’école ou dans tout le centre de formation (j’ai découvert plus tard que la formation des formateur.trice.s elle-même recelait d’autres “pièges”). 

J’ai réfléchi, pas mal discuté avec l’ISMM et Patricia Spinelli qui dispensait déjà une formation pour les directeurs, mais cela ne correspondait toujours pas à la vision que j’en avais.

Et, grâce à la magie d’internet, j’ai fini par tomber en janvier 2017 sur ma pierre philosophale : il y avait un cours d’Administrateur Montessori de l’AMI qui venait se se monter, dont le pilote venait juste de finir en Chine ! C’était exactement ce que je cherchais ! Je me suis dit que je devais y aller, me former aussi, et pourquoi pas voir comment faire venir ce cours en France par la suite (à l’époque c’était mon ambition). 

Découvrir Montessori en Asie

Il va falloir y aller !

J’ai contacté Christine Harrison en Australie, qui était la référente de ce cours selon les informations que j’avais recueillies. Elle m’a indiqué que pour le moment, il s’agissait juste d’un pilote, que tout se passait en Thaïlande et en Chine puisque ce cours avait été monté pour les besoins de ces pays (la Thaïlande avait engagé un processus de conversion de ses écoles publiques à Montessori, et la Chine, comment dire la Chine…avait demandé quelques années avant à l’AMI d’organiser des formations géantes dans des stades :)). Et que faire venir ce cours en Europe était un horizon bien lointain dans cette perspective !

OK ! Qu’à cela ne tienne, on verra plus tard pour un cours en France !

Mais en attendant, j’irai me former, même si je dois aller en Asie pour cela !

L’intelligence collective au service de la direction d’école

Quelques pensées issues de l’expérience de l’École Montessori de Lyon https://www.montessori-lyon.org

À rebours de mes précédentes réflexions sur la gestion associative et ses limites, que je ne renie pas, il existe cependant quelques cas où cette gestion associative fonctionne. Et où paradoxalement elle permet d’accomplir de grandes choses, vraisemblablement de plus grandes choses que les autres formules de gouvernance ne pourraient faire.

J’ai été le témoin d’une de ces « grandes choses » à l’École Montessori de Lyon il y a quelques années. Je tiens à préciser que je n’étais plus « en pilotage » de l’école, étant à ce moment-là revenu d’une année d’expatriation en Afrique en famille. Mes enfants avaient réintégré leurs anciennes classes, grâce à la gentillesse de l’équipe et de la directrice Françoise Néri. De mon côté j’étais redevenu un simple parent d’élève, en tâchant de ne pas trop me mêler de ce qui était devenu la tâche de mon successeur. J’ai toujours eu du mal dans le cadre professionnel, avec les personnes qui partent sans partir vraiment ; en ce qui me concerne, je peux avoir beaucoup de mal à lâcher, mais une fois que c’est fait, c’est fait.

Innover pour se repenser

Bref…revenons à nos moutons. Confrontée à de gros enjeux de développement et à une certaine usure de sa gouvernance autour de 2 associations (une association de gestion de l’école et une association de parents), l’école a souhaité innover. Et innover en rassemblant autour de la construction du nouveau projet stratégique l’ensemble des forces vives de sa communauté. L’idée était d’élargir, de renouveler, d’enrichir…de réfléchir tous ensemble à l’avenir de l’école.

Des enjeux très importants

Et en effet, les enjeux étaient importants : 

  • grandir et se développer, mais jusqu’où ? et comment ?
  • mais surtout pourquoi faire ? comment maintenir les enfants et les familles au centre de l’école ?
  • comment faire en sorte que l’école ne se transforme pas en une machine institutionnelle froide,  mais tout en clarifiant et en sécurisant les procédures administratives qui ne sont forcément plus les mêmes à 130 ou 150 enfants qu’à 30 ou 50 ?
  • rester sur place en essayant de capter les opportunités qui se présenteraient peut-être, ou partir reconstruire ailleurs, au risque de perde des familles ?
  • comment préparer le départ en retraite de la directrice-fondatrice de l’école, ainsi que celui de plusieurs des éducatrices “piliers” de l’équipe, dont certaines étaient présentes depuis plus de 20 ans ?
  • comment mieux répartir le poids de plus en plus important de la gestion de l’école, sans alourdir trop les coûts administratifs ni faire courir le risque d’un burn-out des administrateurs bénévoles ?
  • …et j’en passe

Des “problèmes de riche” pourrait-on dire ! Mais ce serait oublier que nos écoles Montessori sont des entités fragiles, et qu’une école qui a l’air en pleine forme peut fermer un an ou deux ans plus tard. Les exemples sont malheureusement légion…

Innover, disais-je. 

Au-delà du choix des thématiques transversales de réflexion, cette innovation est passée en premier lieu par l’utilisation des outils de l’“intelligence collective”. 

Quelques avantages de l’intelligence collective

Ces outils ont permis de rassembler tous les acteurs dans une même démarche d’écoute, d’échanges et de construction partagée d’un plan stratégique pour l’école. Et je dois dire qu’autant la machinerie m’a parue lourde au départ, avant je me suis rendu compte par la suite que cela avait permis d’atteindre plusieurs objectifs qui auraient été vraisemblablement oubliés dans le cadre d’une démarche plus classique :

  • recueillir la parole et faire participer les personnels “d’appui” pédagogique ou non (femme de ménage, moniteur de natation…) qui peuvent avoir des contributions utiles et un regard moins saturé par le quotidien ou au contraire attentifs aux petits détails de ce quotidien
  • faire partager à tous les membres de la communauté les avancements de chaque groupe par un “journaliste” afin que chacun se sente impliqué au-delà de son engagement sur une thématique particulière
  • prendre au début et à la fin de chaque réunion la “température émotionnelle” de chaque participant afin de mieux comprendre l’état de chacun et ses possibles réactions, en désamorçant les conflits potentiels et les erreurs d’appréciation.

Comme le dit le proverbe : seul, on va plus vite ; mais ensemble, on va plus loin. C’est certain. Merci à l’école de Lyon pour cette belle leçon 🙂

Les limites de la gestion associative d’une école Montessori

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Je poursuis mes réflexions sur les écoles Montessori et les limites de la gestion associative. C’est un sujet important car de nombreuses écoles ouvrent chaque année, et ce sujet de la forme juridique est souvent problématique pour les créateurs de l’école.

Une école c’est une entité économique

Premier sujet, qui n’a cessé de m’interpeller depuis des années : une école c’est une entité économique, qui distribue des paies chaque mois à ses salariés, et parfois gère des budgets conséquents de plusieurs centaines de milliers d’euros par an.

Alors oui, bien entendu, la directrice (on compte quand même une écrasante majorité de femmes dans ce rôle) est présente tous les jours, et assure le fonctionnement quotidien.

Mais qu’en est-il de la structure de gestion quand c’est une association ?

Ne pas tout faire assumer par la directrice

On l’a vu, légalement, le directrice ne peut pas totalement être aux commandes, elle ne peut agir que par délégation. Quand j’étais président du Collège Maria Montessori des Aiglons (nous nous sommes créés sous la forme associative avant de basculer en société coopérative), j’avais ainsi officialisé une délégation de signature pour pouvoir engager les dépenses à hauteur de 1000€ pour la directrice, ce qui lui permettait de fonctionner pour l’essentiel des dépenses quotidiennes sans avoir à m’en référer à chaque fois, tout en gardant un oeil pour toutes les dépenses importantes. 

Mais il faut bien garder à l’esprit d’une part que c’est une délégation, donc vous restez quand même responsable, et d’autre part que cette délégation ne peut pas être totale.

A contrario, je connais un certain nombre d’écoles où le.la trésorier.e passe tous es jours pour signer des chèques, ou alors passe une fois par semaine et en attendant pas de dépenses sauf cas d’urgence (qui pourront par exemple être remboursés sur note de frais). Il faut avouer que ce n’est pas de la plus grande souplesse, et de mon point de vue, ce n’est que le reflet du fait que la forme associative n’est pas la meilleure dans ce cas de figure.

Va pour la gestion quotidienne. 

Les assemblées générales

Lors de l’assemblée générale annuelle, on assiste aussi à un drôle de numéro : c’est évidemment la directrice qui présente le rapport d’activités de l’année écoulée, qui est généralement très écouté…mais quid du “rapport moral” présenté par le président ? Quel est son rôle ? On peut essayer de bâtir quelque chose sur les thèmes des relations avec les parents, de la vie de l’association en tant que telle, comme si on pouvait vraiment la dissocier de l’école (en tout pas pas si c’est une “association” non ouverte), mais franchement c’est un peu artificiel.

Et je ne parle pas de ces réunions du conseil d’administration ou du bureau de l’association, où c’est bien entendu la directrice, et c’est normal, qui bien que simple invitée sans droit de vote, propose et impulse les différentes décisions. C’est là encore une bien étrange manière de piloter l’école.

Et l’équipe éducative dans tout ça ?

Un dernier enjeu est celui du lien avec le personnel, l’équipe éducative en premier lieu mais aussi le reste du staff que l’on oublie souvent : cuisine, nettoyage etc. Eux ne sont pas du tout associés dans cette gouvernance associative, si ce n’est lors de l’assemblée générale annuelle. Ce qui est un peu limité stp eut entretenir des frustrations.

Vous l’avez compris, après toutes ces années, je ne suis pas un grand fan de cette gouvernance associative pour nos écoles Montessori, même si elle peut correspondre à un contexte local. 

Cela étant dit, par rapport aux différentes limites que j’ai recensées, des solutions originales existent : je voudrais vous parler dans un prochain billet du processus d’intelligence collective déployé à l’école Montessori de Lyon depuis quelques années.

Le rôle des parents dans une école Montessori

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Je fais une pause dans le récit de mes années à l’école Montessori de Lyon, pour essayer de partager avec vous quelques unes de mes réflexions sur la gouvernance associative pour les écoles, et l’impact sur le rôle des parents. Depuis quinze ans que j’interviens dans la communauté Montessori en France, et que j’ai l’occasion de dialoguer avec de multiples éducatrices et directrices d’écoles, j’ai pu constater une évolution de la gouvernance des écoles.

Les écoles Montessori en gestion associative

Il y a quinze ans, les écoles étaient très majoritairement montées sous la forme associative : simplicité de la création, pas besoin d’apport financier particulier, et honnêtement on n’a pas besoin d’être très nombreux, un petit groupe de personnes suffit. Enfin, la forme associative correspondait bien aussi à l’aspect “alternatif” de ces écoles, qui ne souhaitaient pas incarner un côté “commercial” ou “institutionnel”. Il y avait bien quelques écoles montées en société commerciale, mais c’était ultra-minoritaire, tout comme le nombre total des écoles : à l’époque, en 2005-2006 moins d’une cinquantaine dans toute la France.

Quel rôle pour les parents dans une école Montessori associative ?

Alors évidemment le “problème” dans la gouvernance des écoles associatives (j’ai entendu souvent “le problème tout court” 😉 ce sont bien entendu les parents. Ce qui est très paradoxal quand on considère que les écoles Montessori se font fortes justement d’accueillir les familles, voire de co-éduquer les enfants avec elles, et donc de laisser leurs portes ouvertes aux parents.

Mais justement, de quoi parle-t-on ? Quel rôle donner aux parents ? Les laisser organiser les fêtes et autres activités para-scolaires ? Là-dessus, aucun problème bien entendu, tout le monde est content. Encore davantage quand les activités organisées peuvent rapporter un peu (voire beaucoup) d’argent à l’école.

Les risques de la gestion parentale

Mais quand on commence à parler de la gestion de l’école, c’est-à-dire du “coeur du réacteur” pour employer une métaphore industrielle, alors là c’est autre chose. Car effectivement le risque est très important qu’ils se retrouvent juge et partie. On ne le dit pas ainsi évidemment (on parle d’éducation, donc ce n’est pas très approprié), mais dans une école les parents sont les bénéficiaires du service rendu : dit autrement, ils sont les clients. 

Et où a-t-on vu que ce sont les clients qui décident de la production du service ? Le mélange des genres n’est jamais bien loin, sans même compter le zèle de certains individus toujours bien intentionnés, qui s’imaginent savoir mieux que les éducatrices ce qui est bon pour leur enfant, et accessoirement pour ceux des autres. Allons ! D’ailleurs éducatrice ce n’est pas vraiment un métier, vu qu’on peut faire l’école à la maison ! (Je précise que tout ceci est ironique, au cas où certains n’auraient pas compris)

Et donc dans une gouvernance associative, vu qu’en droit les salariés (y compris la directrice) ne peuvent pas être juge et partie, eux, et donc membres du Bureau de l’association, et bien il faut trouver d’autres personnes : les parents sont les personnes les plus “évidentes” dans ce cas, puisqu’ils fréquentent l’école et seront donc en théorie sensibles à son avenir.

Des parents qui font fermer des écoles !

J’ai malheureusement vu de trop nombreuses écoles fermer, à cause de parents mal ou trop bien intentionnés qui sont entrés en conflit avec la directrice voire le reste de l’équipe, ou jouant une partie de l’équipe contre l’autre…Cela finit la plupart du temps très mal, et la directrice n’a pas la main pour rétablir la situation. Quel gâchis quand on pense à toute l’énergie déployée pour faire vivre une école !

Vu que je ne suis pas le seul à avoir fait ce constat, de nombreuses écoles “biaisent” légalement avec leur gouvernance, et font fonctionner des “associations” qui n’ont d’association que le nom, car elles sont totalement verrouillées : soit on place des personnes extérieures de confiance, qui n’auront pas d’intérêt dans l’école (mais c’est un peu la loterie et pas forcément durable), soit carrément des proches. Certaines associations sont ainsi pilotées par les maris, les frères ou les soeurs, les parents ou les enfants.

Garder l’esprit de l’association

Pour ma part, je pense que c’est contourner l’esprit de l’association que d’en faire une entité dans laquelle justement on n’associe pas. Soit on joue le jeu de l’association, en mettant possiblement des gardes-fous mais en ayant bien conscience que le risque zéro n’existe pas, soit on change de structure. Car d’autres formes juridiques existent quand on a d’autres projets.