Les périodes sensibles dans la pédagogie Montessori

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Les périodes sensibles sont le fruit de l’observation de Maria Montessori, qui fait le parallèle avec les travaux de De Vries qui avait découvert les périodes sensibles chez les insectes. Selon Maria Montessori, chaque enfant est unique. Il a sa personnalité propre, son rythme de vie, ses qualités et ses difficultés éventuelles. Mais tous les enfants – sans exception – traversent des «périodes sensibles» qui leur sont propres.

Qu’est-ce que les périodes sensibles dans la pédagogie Montessori ?

Les périodes sensibles sont des moments pendant lesquels les sensibilités intérieures  de l’enfant s’expriment par rapport à une caractéristique de l’environnement qui pousse l’enfant à se transformer. Elles éveillent en l’enfant une attirance particulière autour d’un aspect de l’environnement. Par exemple, on sait que le jeune enfant entend tous les sons de l’environnement et toutes les langues des la naissance, mais il retiendra plus particulièrement les sons qu’il entend parler dans son environnement pour construire sa langue maternelle.

Les périodes sensibles sont passagères et se limitent à l’acquisition d’un caractère donné.

Il s’agit de sensibilités spéciales, de moments de la vie de l’enfant où celui-ci est tout entier «absorbé» par une sensibilité particulière à un élément précis de son environnement (la maison, la classe). Ce sont des périodes transitoires, elles se limitent à l’acquisition d’un caractère déterminé ; une fois le caractère développé, la « sensibilité » cesse. Il est donc primordial que  l’environnement offre au bon moment à l’enfant les moyens de se développer en utilisant ces périodes sensibles.

Maria Montessori fait des périodes sensibles des lois de développement et a défini l’activité de celles-ci chez les êtres humains entre leur naissance et 6 voire 7 ans, elles peuvent se chevaucher.

Maria Montessori a défini 6 périodes sensibles : 

  • la période sensible de l’ordre, environ de la naissance à 6 ans.
  • la période sensible du langage, plus ou moins entre 2 mois et 6 ans.
  • la période sensible de la coordination des mouvements, environ de 18 mois à 4 ans.
  • la période sensible du raffinement des sens, environ de 18 mois à 5 ans.
  • la période sensible du comportement social, environ de 2 ans et demi à 6 ans.
  • la période sensible des petits objets, au cours de la 2e année sur un temps très court.

Quelle est leur importance dans le développement de l’enfant ?

Ce sont ses périodes sensibles qui guident l’enfant dans sa construction, poussé par son maître intérieur et sa force vitale qui  « font advenir » les potentialités du mouvement et du langage.

L’enfant se nourrit de son environnement. Ce dernier doit donc répondre à ses besoins et prendre en compte les périodes sensibles pour aider ces traits à se développer au mieux. L’environnement doit donc être/incarner l’ordre, permettre le mouvement qui a un but défini, permettre le langage, permettre les expériences sensorielles justes, permettre la relation sociale.

Le rôle du parent ou de l’éducateur est de préparer cet environnement. Il observera l’enfant et en fonction des besoins constatés le mettra en lien avec cet environnement. Il doit connaître les sensibles intérieures ainsi que leur durée pour pouvoir les reconnaître en action et y répondre par la construction de l’environnement.

Maria Montessori considérait l’éducation comme une aide à la vie et il est d’une grande importance que l’adulte s’appuie sur les périodes sensibles de l’enfant pour que celui-ci se construise sur le plan physique, psychique et social. 

Selon Maria Montessori, « si l’enfant n’a pu obéir aux directives de sa période sensible, l’occasion d’une conquête naturelle est perdue, perdue à jamais ». Pendant ces périodes sensibles, l’enfant assimile avec facilité et sans effort telle ou telle acquisition. Si l’enfant est aidé à ce moment précis, l’apprentissage se fait en profondeur. Mais, si l’enfant ne trouve pas les éléments (dans l’ambiance et le matériel) qui répondent à son besoin du moment, la sensibilité s’étiolera progressivement.

Maria Montessori était convaincue que les forces du développement sont incluses dans l’être vivant et que l’œuvre de l’éducation consiste à conserver leur spontanéité, et à éloigner tout ce qui pourrait les affaiblir et les empêcher de s’épanouir (les entraves).
 Il faut que l’enfant édifie lui-même sa personnalité et qu’il développe ses facultés motrices et intellectuelles. C’est pourquoi l’adulte doit avoir une confiance complète dans les forces de l’enfant, respecter sa liberté d’action et préparer l’environnement  nécessaire et favorable à son développement. L’adulte doit être capable d’observer les différences de rythme de l’enfant, il doit bien connaître son enfant en faisant preuve d’attention et de respect.

L’observation et le respect, la confiance en l’enfant sont des maitres-mots de la pédagogie Montessori. Nous aurons l’occasion d’y revenir bientôt.

Un TED pour fêter l’anniversaire de Maria Montessori !

Lors de l’Assemblée Générale Annuelle de l’Association Montessori (Suisse) en novembre 2019, l’idée d’organiser une conférence TED pour honorer les 150 ans de la naissance de Maria Montessori a émergé d’un beau brainstorming entre nos membres.

Wouahou ! Effervescence et enthousiasme dans la salle !

Mais après… il faut gérer !

Et pour quelqu’un de très peu familier de ce format (je n’en connais que les conférences que j’ai pu visionner sur le WEB), c’est tout un monde à découvrir ainsi que des idées et cultures à associer.

Nous avons commencé nos recherches en regardant sur le site de www.ted.com, on y trouve déjà diverses informations et nous avons rapidement contacté le groupe de TEDxGeneva, responsable de l’organisation d’un TEDx par an sur Genève.

Lors de notre premier entretien, nous découvrons que nous ne pouvons pas vraiment créer de TEDx estampillé « Montessori » pour tout un tas de raisons liées au fonctionnement de TEDx.

L’organisation TED a en effet rédigé de nombreuses procédures, pour détailler son fonctionnement, ce qu’elle accepte et refuse. 

De plus, nous apprenons que, pour organiser un TEDx, il faut qu’une personne suive une formation TEDx et porte la licence. C’est un investissement en finance et en temps que nous ne pouvions pas du tout nous permettre. 

La discussion avec l’équipe TEDxGeneva a porté ses fruits. Ainsi depuis janvier 2020, l’équipe de TEDxGeneva et une équipe de l’AM(S), composée de 2 membres du comité et de 2 membres de l’association, travaillent en commun pour la réalisation de la prochaine édition TEDxGeneva..  

Le premier challenge aura été pour les 2 groupes de comprendre le fonctionnement et la culture des uns et des autres. Nous avons ainsi échangé longuement pour la création du thème : pas « trop » Montessori pour respecter les critères et le public TEDx mais orienté sur les valeurs Montessori qui rejoignent tout à fait l’esprit TED: Un monde nouveau, un changement de société, un autre regard sur l’avenir… Nous sommes ainsi ravis de pouvoir fêter Maria Montessori dans ce cadre si enthousiasmant qu’un TEDx.

Maria Montessori n’aura pas besoin d’être au centre des débats pour faire avancer les choses. Toutes ses recherches et découvertes nous invitent à avoir une ouverture d’esprit. Si elle a proposé des évolutions dans la pédagogie pour que le monde et la société évoluent, de nombreux autres aspects peuvent nous aider à contribuer à ce grand changement.

Ainsi la grande question que nous nous poserons pour l’édition 2020 de TEDxGeneva est « Break or brake ? » – « Ralentir, faire une pause ou tout casser ? »

Retrouvez-nous le 4 juillet 2021 (date plusieurs fois reportée en raison du Covid) pour cet évènement !

Le développement de l’enfant de 0 à 6 ans

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Je fais aujourd’hui un focus sur le premier plan de développement, c’est à dire sur les caractéristiques et les besoins de l’enfant de 0 à 6 ans.

Les caractéristiques de l’enfant de 0 à 6 ans

Moebelkind

Maria Montessori a nommé l’enfant du premier plan « Moebelkind » soit « l’enfant – meuble » : pour elle le point de départ de ses découvertes est l’adaptation du mobilier à la taille et à la force de l’enfant pour libérer son mouvement. Un enfant a besoin d’avoir les 2 pieds par terre pour accéder à la concentration, pour pouvoir révéler sa vrai nature. 

Un être vulnérable

L’enfant du premier plan est un être vulnérable, sensible qui doit être accueilli en humanité. 

Il a besoin d’ordre et d’attention. 

Un être de communication et de langage

Un bébé est un grand communicant, il a besoin d’être pris dans une relation langagière pour se développer. Le langage et les gestes font partie de la nourriture psychique de l’enfant. 

Un observateur

L’enfant est un explorateur passionné. Il a besoin d’exercer son mouvement pour explorer. 

C’est un explorateur sensoriel. Tout ce qu’il appréhende du monde qui l’entoure passe par les sens. Le premier organe de la découverte est la bouche. A partir du moment où il peut s’assoir, il se détache du sol, la main est libérée et prend le relais pour explorer en manipulant. A travers les sens il construit son monde interne. 

Il a par ailleurs besoin de répéter ses expériences pour construire sa vie psychique et physique. 

Répondre aux besoins par des environnements adaptés

Pour répondre à ces besoins, toute l’approche spécifique de la pédagogie Montessori, comme on l’a vu, consiste à lui procurer des environnements adaptés, qu’on appelle “environnements préparés”. Il y a 4 environnements pour le premier plan de développement :

– La maison (et oui ! on l’oublie trop souvent) : de la naissance à 5-6 mois

– Le Nido : de 3 mois jusqu’à la marche assurée. La marche assurée correspond également à l’acquisition de la pince avec le pouce opposé et aux premiers mots intentionnels. C’est une véritable étape de développement. 

– La communauté enfantine : de la marche assurée à 2 ans et demi / 3 ans 

– La maison des enfants : de 2 ans et demi / 3 ans à 6 ans

Ces environnements présentent des caractéristiques communes :

  • Ordre. Chaque objet, chaque être a sa place et son ordre. L’enfant retire sa sécurité de l’ordre et de son orientation
  • Motifs d’activités = nourriture psychique. Ces motifs constituent la possibilité du travail. 
  • Stimulations sensorielles à la mesure de l’enfant.

Ils ont aussi des différences, sur lesquelles je reviendrai plus tard.

L’adulte aussi fait partie de « l’environnement »

L’attitude de l’adulte (c’est un de mes sujets de prédilection, et j’y reviendrai souvent sur ce blog), doit elle aussi être adaptée, et différente à chaque étape :

Au Nido

  • Observation. De la naissance à la marche assurée l’adulte doit observer l’enfant avec une attention particulière. Ce regard permet de soutenir l’activité de l’enfant. L’observation est inscrite dans une recherche des nouvelles facultés de l’enfant.
  • Attention. Il a besoin de partager, de se nourrir de la relation, qui lui permet d’être de plus en plus autonome en gardant le bon souvenir de la relation. 
  • Intention. Les gestes et la façon de parler a un enfant ont toute leur importance car les enfants sont très sensibles et perçoivent l’intention certainement avant le sens. 

A la Communauté Enfantine

  • Observation
  • Attention = COLLABORATION. L’adulte ne devrait jamais rien faire sans un enfant. On amène l’enfant à participer à la réalisation de toutes les tâches à la communauté comme à la maison. L’autonomie se développe par l’étayage. Tout objet proposé à l’enfant fait l’objet d’une présentation, car la culture se TRANSMET. Cette transmission est formelle ou informelle (l’enfant observe). 
  • Effort Maximum. Le petit enfant est un travailleur acharné. L’adulte doit lui fournir des possibilités d’effort maximum : porter des meubles et autres choses lourdes, cela construit chez l’enfant la confiance, et montre qu’avec un effort, le monde lui appartient. 

A la Maison des Enfants

  • Observation
  • Fournir un environnement permettant les expériences sensorielles, les activités avec un but défini, l’accès à l’écriture et à la lecture des différents langages (mathématiques, langue, musique)

Voila pour l’attitude générale…mais quand et comment intervenir auprès de l’enfant ? Grande question si l’on ne veut pas entraver son développement comme le dit Maria Montessori.

C’est pourquoi dans le prochain post, je vous parlerai des périodes sensibles.

Les 4 plans du développement des bébés humains

Avant de rentrer dans les aspects concrets de l’accompagnement des jeunes enfants, je voudrais rappeler quelques éléments fondateurs de la pédagogie Montessori. Certaines personnes pensent que Montessori, ce sont avant tout des matériels, des activités adaptées aux enfants. Mais pour moi, le plus important au-delà du matériel, c’est bien le regard que l’on porte sur l’enfant. Avant de proposer des choses à un enfant, il faut l’observer, le regarder pour mieux comprendre quels sont ses vrais besoins. Et dans cette observation, Maria Montessori nous aide beaucoup.

Le développement d’un enfant se fait par bonds successifs

La vision de l’éducation de Maria Montessori, c’est avant tout l’éducation comme une “aide à la vie”, une éducation qui prend en compte les besoins fondamentaux de l’enfant aux différentes étapes de son développement. Pour Montessori (et d’autres!), la vie n’est pas linéaire. Ce sont les expériences qui permettent de grandir, d’évoluer et non pas le temps qui passe. L’enfant se développe par bonds successifs. Il passe par des périodes pendant lesquelles des caractères vont se développer, maturer puis faire naitre une personnalité différente. Elle parle de naissance et de renaissance. 

Les 4 plans de développement de l’enfant

Pour mieux faire comprendre son raisonnement, Maria Montessori a élaboré une vision complète de ces étapes, qu’elle a nommés les 4 plans de développement. On retrouve ces 4 plans chez d’autres auteurs : Piaget, Freud. 

Les 4 plans de développement c’est une approche psychologique du développement de l’enfant, pour l’éducateur ou même pour les parents un guide auprès des enfants, puisque c’est à partir de la connaissance de ces périodes que l’on préparera un environnement adapté à l’enfant.

J’imagine que certain(e) d’entre vous les connaissent déjà, mais il me semble utile de vous les rappeler.

  1. 1er plan de développement, de la naissance à 6 ans : la petite enfance
  2. 2ème plan de développement, de 6 à 12 ans : l’enfance
  3. 3 ème plan de développement, de 12 à 18 ans : l’adolescence
  4. 4ème plan de développement, de 18 à 24 ans : la maturité

Dans chaque plan on retrouve 2 phases : 

– une phase créatrice, progressive

– une phase de maturation, de confirmation des caractères, de raffinement

En effet, l’enfant a besoin de temps de pause pour intégrer, digérer, métaboliser ce qu’il a observé, absorbé. Il ne peux pas être toujours en activité. L’excès de stimulation provoque une surexcitation, une frustration, un mal-être. 

Comprendre le développement de l’enfant

Maria Montessori a élaboré un schéma dynamique de ces plans de développement, qui permet de mieux comprendre, au-delà de leur succession, les spécificités de chaque plan et comment ils s’articulent les uns avec les autres. C’est le fameux schéma du “bulbe”, qui présente l’importance du 1er plan de développement (celui qui est l’objet de ce blog), en particulier car il formalise aussi la vie pré-natale. 

Sur ce schéma on a 3 couleurs. Le noir c’est la construction inconsciente, le noir évoque  métaphoriquement le fait que le développement est très caché, invisible à l’oeil nu. Le rouge est la construction visible, période intense. Le vert représente un développement plus paisible.

Le X est l’inconnu, pour symboliser qu’il y a aura toujours une part d’inconnu dans l’humanité. 

Le graphe du bas représente l’éducation traditionnelle, et montre qu’elle ne tient pas compte des caractéristiques des enfants aux différentes périodes de sa vie, puisqu’elle commence à 6 ans, et que plus il grandit plus il a de choses à apprendre. 

Maria Montessori fait commencer les correspondances avec le système éducatif sur le Bulbe à la crèche. Elle y indique le nom des grands éducateurs associés à chaque structure, puisque l’adulte a pour rôle de construire cet environnement favorable. 

L’environnement doit s’adapter à l’enfant à chaque période, pour que l’enfant devenu adulte soit à même de s’adapter et d’agir sur son environnement lorsqu’il sera devenu mature. En effet, même si l’enfant possède en lui dès la naissance un certain équipement, une force intérieure qui va lui permettre de se construire, ce n’est pourtant pas suffisant, il a besoin d’un environnement favorable qui lui permette de développer cette force, un environnement dans lequel un enfant peut faire des expériences qui vont le nourrir. 

Dans le prochain post, je reviendrai plus largement sur le 1er plan de développement. A bientôt !

L’ÉCOLE DU SENS POUR TOUTE LA VIE

De l’école à l’entreprise

Les études sont claires ! Dans l’entreprise comme à l’école, la France détient des records mondiaux de mal-être et de tensions entre celles/ceux qui sont aux commandes et celles/ceux qui subissent tant bien que mal…

Dans l’entreprise, en premier lieu.

Au niveau national, tous les sept ans, la DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques) du ministère du travail réalise une enquête importante pour comprendre la situation du travail en France : l’enquête Conditions de travail. La dernière, qui date de 2013 (516 questions posées à 33 673 personnes), met en lumière deux résultats essentiels. D’une part, les travailleurs se considérant « heureux » ont pour caractéristique principale… l’autonomie durant leurs heures de travail. D’autre part, ceux qui ont l’indice de bien-être le plus faible au travail sont celles et ceux qui ont des « tensions avec la hiérarchie »

Au niveau international, quand il s’agit de décrire le contexte économique et le degré de compétitivité dans plus de 140 pays et d’analyser les atouts ainsi que les freins à la croissance dans chaque pays, la France détient un record : les plus mauvaises relations de coopération employeur – employé derrière la Grèce. Autrement dit, la France possède les entreprises où la coopération patrons-salariés est la plus faible : elle ne profite pas au bon fonctionnement de l’entreprise et au bien-être de celles et ceux qui y travaillent. 

A l’école, en deuxième lieu. 

En 2015, la France est le 71e pays sur 72 où en termes d’indiscipline juste avant la Tunisie selon l’enquête PISA. Nos élèves n’écoutent que très peu, le désordre l’emporte sur la discipline, les élèves ont de réelles difficultés à travailler, les cours commencent avec retard, le calme est difficile à obtenir, la coopération n’a pas de sens entre les élèves et l’enseignant… 

Et si une école offrait les conditions de la créativité, de l’autonomie et de la coopération entre tous les enfants ? Mieux, et si une école suscitait le désir et le plaisir d’être créatif, autonome, entreprenant et coopératif ?

Et si cela pouvait durer toute la vie ? A l’école, dans l’entreprise, dans nos engagements citoyens et différentes responsabilités ?

C’est l’ambition entre autres de l’Ecole du Sens Pour toute la Vie ! https://www.lecole-du-sens.fr

Je suis devenu formateur Montessori international ! (partie 2)

Quelques mois après le pilote chinois, Christine Harrison me recontacte pour me demander si je suis toujours intéressé pour participer au prochain cours d’Administrateur Montessori AMI qui aura lieu en septembre 2017, à nouveau en Chine mais à Chongqing cette fois. Ce sera le deuxième cours au monde !

Bien entendu je confirme immédiatement, m’inscris, obtiens mon visa, et me voila fin septembre 2017 dans cette mégapole de 36 millions d’habitants !! dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. 

Quelle aventure ! 

Je suis le seul véritable étranger parmi 100 participants – les 3 autres non chinois sont des expats qui vivent à Chongqing, dont 2 sont éducatrices Montessori dans une école sur place. Heureusement le centre de formation a envoyé quelqu’un me récupérer à l’aéroport, car il n’est pas toujours facile de communiquer avec les chinois, qui parlent peu anglais, ne comprennent pas toujours la langue gestuelle…La plupart des gens que je rencontre communiquent en parlant à leur téléphone qui fait la traduction via une appli…et ils vous montrent l’appli ! Mon petit problème, c’est que je pensais utiliser la wifi du centre, mais vous imaginez bien qu’à 100 étudiants, c’est interdit ! Donc il me faut utiliser une carte SIM locale, mais dans ce cas, je perds l’accès à tous les comptes, emails etc, car je suis chez Google et Google est interdit/censuré en Chine ! Bref, je m’en sortirai avec une note de téléphone astronomique et pas mal de difficultés, et mon opérateur qui me coupe la ligne…car il trouve que cette consommation inhabituelle en provenance de Chine ne peut être qu’un piratage !

L’équipe des formateurs : de gauche à droite Kathy Minardi, Bill Conway, Aidi Chen (présidente de Montessori China) et Christine Harrison

Cela étant dit, le cours, assuré par Christine Harrison, Bill Conway et Kathy Minardi qui se relaient en duos successifs est absolument fantastique : je trouve toutes les réponses aux questions que je me pose depuis des années, et même plus ! Je ressors de dix jours très intenses (un seul jour de pause, le dimanche, qui sera presque entièrement consacré aux devoirs), avec mon diplôme officiel d’Administrateur Montessori AMI, lessivé mais ravi ! Je suis enthousiaste et plus que jamais convaincu que je dois faire venir ce cours en France. Je ressens aussi que je veux jouer un rôle plus actif dans la diffusion de ce message…pour cela, un nouveau chemin se dessine : je vais commencer mon parcours pour devenir formateur !

Plus que jamais motivé, j’enchaine à un rythme effréné : suivront un autre cours en Thaïlande en janvier 2018 : je repars en Asie en tant qu’observateur cette fois. Puis je réussis à persuader les formateurs de venir faire un cours à Paris en avril 2019, le premier en Europe ! Enfin le dernier à Genève en janvier 2020, avec Christine et Cathy Swan, pendant lequel je finalise mon parcours de formateur en élaborant puis présentant plusieurs modules devant les étudiants – et en recueillant leurs évaluations, qui fort heureusement seront très positives. 

Le cours d’administrateur Montessori AMI à Genève en février 2020

3 ans pour devenir formateur AMI, finalement c’était rapide ! 

J’ai découvert tellement de choses sur le chemin : la Thaïlande et sa classe 3-6 ans de 96 enfants dans une école publique de campagne, Chongqing et son école de 25 ambiances Montessori 3-6 ans, le travail de reconnaissance officiel du curriculum (programme d’études) Montessori par les autorités publiques en Australie… 

Les portes se sont ouvertes, je ne les refermerai pas !

Je suis devenu formateur Montessori international ! (partie 1)

Avant-hier 13 février 2020, j’ai reçu la confirmation par mail de ma collègue, amie et mentor Christine Harrison : je suis devenu officiellement formateur international pour le cours d’Administrateur (directeur en français) d’écoles Montessori pour le compte de l’Association Montessori Internationale !

Super ! Yes ! Honnêtement, je suis heureux, et mon ego est flatté :))

Une belle reconnaissance, et la fin d’un long parcours pour devenir formateur. Et l’occasion de me remémorer (avec vous chers lecteur.trice.s) ce qui m’a amené là.

Un engagement bénévole de longue date

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été très investi à titre bénévole dans mes réseaux professionnels, afin de partager mon expérience, de rencontrer des collègues et de transmettre aux plus jeunes (histoire de leur faire gagner un peu de temps : ils feront leurs propres erreurs, mais peut-être ne referont-ils pas les mêmes que moi 😉 : mon investissement au sien de l’association ARADEL (un réseau de développeurs économiques pour les territoires) reste un des mes meilleurs souvenirs professionnels, avec de nombreux fous rires mais aussi une production forte de cahiers, de fiches techniques etc. Merci Claudine Pilton, Ludovic Noël et tant d’autres !

En soutien des éducatrices Montessori

Et c’est donc assez naturellement que débarquent dans l’univers montessorien, fait de petites écoles qui fonctionnent avec pas mal de bénévolat, que je m’étais investi dans le côté administration et management. D’abord parce que c’était ce que je savais faire ! Mais aussi parce que j’avais remarqué que la gestion et la management n’étaient pas le point fort des éducatrices (il peut y avoir des exceptions comme partout) : après tout à chacun son métier.

Aussi, après plusieurs années, j’ai découvert qu’il pouvait y avoir (malheureusement assez souvent, en tout cas en France) un décalage marqué entre les valeurs montessoriennes de confiance, de respect, d’écoute…que nous transmettons aux enfants, et la manière dont les adultes se comportaient entre eux – ou pour le dire plus simplement la manière dont les directeur.trice.s de structures Montessori se comportaient avec leurs équipes. 

J’ai trouvé mon engagement !

Je me rappelle très bien m’être dit à ce moment-là que ce serait çà, mon engagement dans Montessori ! Apporter ma contribution pour faire en sorte que les valeurs de Montessori sortent de la classe et irradient dans toute l’école ou dans tout le centre de formation (j’ai découvert plus tard que la formation des formateur.trice.s elle-même recelait d’autres “pièges”). 

J’ai réfléchi, pas mal discuté avec l’ISMM et Patricia Spinelli qui dispensait déjà une formation pour les directeurs, mais cela ne correspondait toujours pas à la vision que j’en avais.

Et, grâce à la magie d’internet, j’ai fini par tomber en janvier 2017 sur ma pierre philosophale : il y avait un cours d’Administrateur Montessori de l’AMI qui venait se se monter, dont le pilote venait juste de finir en Chine ! C’était exactement ce que je cherchais ! Je me suis dit que je devais y aller, me former aussi, et pourquoi pas voir comment faire venir ce cours en France par la suite (à l’époque c’était mon ambition). 

Découvrir Montessori en Asie

Il va falloir y aller !

J’ai contacté Christine Harrison en Australie, qui était la référente de ce cours selon les informations que j’avais recueillies. Elle m’a indiqué que pour le moment, il s’agissait juste d’un pilote, que tout se passait en Thaïlande et en Chine puisque ce cours avait été monté pour les besoins de ces pays (la Thaïlande avait engagé un processus de conversion de ses écoles publiques à Montessori, et la Chine, comment dire la Chine…avait demandé quelques années avant à l’AMI d’organiser des formations géantes dans des stades :)). Et que faire venir ce cours en Europe était un horizon bien lointain dans cette perspective !

OK ! Qu’à cela ne tienne, on verra plus tard pour un cours en France !

Mais en attendant, j’irai me former, même si je dois aller en Asie pour cela !

Michel SERRES : la nécessité d’inventer d’inimaginables nouveautés en pédagogie !

Le philosophe Michel Serres nous a quitté, lui qui nous a tant appris sur la vie, les arts et les sciences. Un domaine l’a intéressé en particulier durant ses dernières années de réflexion : l’éducation.

Quelle est son analyse et la grande leçon dans ce domaine pour le philosophe ? 

Dans son discours Petite Poucette : Les nouveaux défis de l’éducation qu’il prononce lors d’une séance solennelle du 1er mars 2011, il nous livre en premier lieu un état des lieux : tout comme Edgar Morin, un changement de civilisation génère un autre corps, une autre connaissance et autre rapport au monde pour le « nouvel écolier ». Michel Serres observe que « ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n’a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, s’occupaient de labourage et de pâturage ; en 2010, la France, comme les pays analogues au nôtre, ne compte plus qu’1 % de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus immenses ruptures de l’histoire, depuis le néolithique. Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n’habite plus la même Terre, n’a donc plus le même rapport au monde ». Il souligne : « Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est ‘mort’ et l’image la plus reprise celle des cadavres ».

Habiter un nouveau monde…virtuel

Pour Michel Serres, nos enfants aujourd’hui « habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent ni n’intègrent ni ne synthétisent comme leurs ascendants. Ils n’ont plus la même tête. Ils n’habitent plus le même espace. Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare de la Seconde Guerre mondiale ». De fait, le philosophe qui est également grand-père appuie sa démonstration : « il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement. »

Mais comme « un atome sans valence, Petite Poucette est toute nue. Nous, adultes, n’avons inventé aucun lien social nouveau. De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l’invention et de la propagation de l’écriture ; de même qu’elle se transforma quand émergea l’imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. »

Alors… que faire une fois cet état des lieux posé ? 

Puisque « l’apprentissage est métissage » comme il le rappelle dans son Tiers-instruit (1992), il n’y a qu’une seule chose à faire : « Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites et nos projets. Nos institutions luisent d’un éclat qui ressemble, aujourd’hui, à celui des constellations dont l’astrophysique nous apprit jadis qu’elles étaient mortes déjà depuis longtemps. ». Ce n’est pas sans rappeler Maria Montessori qui en 1949 conclut une de ses conférences par : « nous avons étudié les moyens d’harmoniser les rapports entre enfants et adultes et nous avons beaucoup appris, mais il reste encore beaucoup à apprendre et à faire. »

Les 5 + de l’apprentissage des enfants quand ils sont connectés à la Nature

De la recherche…

Les expériences des enfants avec la nature – du sac à dos en pleine nature aux plantes dans une école maternelle, en passant par une leçon sur les grenouilles dans les zones humides – favorisent-elles leurs apprentissages ? 

Jusqu’en 2019, les affirmations péremptoires dépassaient les preuves sur cette question. 

Or, depuis cette date, une étude scientifique répond clairement à la question de l’impact de la Nature sur l’apprentissage. De fait, depuis les années quatre-vingts, le domaine a mûri, non seulement en corroborant des affirmations jusque-là non-démontrées, mais aussi en approfondissant la compréhension de la relation de cause à effet entre Nature et apprentissage. Des centaines d’études portent maintenant sur cette question et les preuves convergentes démontrent que les expériences de la Nature stimulent l’apprentissage académique, le développement personnel et la gestion responsable de l’environnement. 

Une brève étude, ou plus exactement une méta-étude faisant le point sur d’autres études résume les avancées récentes et l’état actuel de la science sur la question :

Ming Kuo, Michael Barnes and Catherine Jordan, « Do Experiences With Nature Promote Learning ? Converging Evidence of a Cause-and-Effect Relationship » (Les expériences avec la nature favorisent-elles l’apprentissage ? Preuve convergente d’une relation de cause à effet), Psychology in frontiers, 19 février 2019.

La recherche sur le développement personnel et les relations à l’environnement est convaincante : 

  • une trentaine de rapports émanant d’observateurs indépendants, de chercheurs ainsi que de pédagogues participant eux-mêmes aux études, indiquent des changements quant à la concentration des enfants, leur persévérance, la résolution de problèmes, la pensée critique, le leadership, le travail d’équipe et le désir d’apprendre lorsqu’ils sont connectés à la nature. 
  • plus de cinquante études indiquent que la Nature joue un rôle clé, d’une part, dans le développement de comportements pro-environnementaux, en particulier en favorisant un lien affectif avec la nature et, d’autre part, dans la volonté des enfants de s’engager au service des autres.

En résumé, l’apprentissage d’un enfant connecté à la Nature s’améliore nettement car l’enfant est : 

  • moins stressé,
  • plus attentif et concentré,
  • plus discipliné et coopératif,
  • plus intéressé, motivé et engagé,
  • plus physiquement actif et en forme !

…à l’action

Dès lors, n’est-il pas venu le temps de prendre la Nature au sérieux en tant que ressource d’apprentissage et de développement de l’être de l’enfant ? 

L’urgence est d’introduire la pédagogie axée sur la nature et la nature dans l’éducation afin d’élargir les efforts isolés existants aux pratiques de plus en plus courantes. Il convient ainsi de développer des jardins scolaires, des cours et des murs verts dans les salles de classe. Pour la pédagogue Maria Montessori, la période allant de 12 à 18 ans est nommée Erd Kinder, ce qui signifie en hollandais : « Enfants de la Terre ». En ce sens, elle préconise une ferme que les adolescents doivent pouvoir gérer, accompagnés par les adultes. 

De notre côté, nous proposons avec Ekolo (http://www.ekolo.bio) les premières « colos » écolos en forêt en adoptant la posture montessorienne. 

Ces séjours de loisirs d’été reposent sur un premier principe : « l’autonomie des enfants ». Autrement dit, ils choisissent selon leurs envies et en fonction des contraintes en agora (ou assemblée)leurs activités. Un deuxième principe est « la santé dans l’assiette ». Autrement dit, les enfants cuisinent et mangent « bio et local » : des partenariats sont réalisés avec les producteurs locaux « bio ». Un troisième principe est « un cadre apaisant et sécurisé ». Autrement dit, alors que la loi oblige un encadrement d’un adulte pour douze enfants, ces séjours ont un adulte pour quatre enfants. Un quatrième principe est que ces séjours sont accessibles au plus grand nombre : ils sont en moyenne 15 % moins chers que les autres séjours. 

Enfin, le dernier principe est la connexion à la Nature : construction des cabanes dans la forêt, atelier de bricolage en plein air, atelier poterie et sculpture, balades en forêt, observations de la faune et de la flore, circuits à bille et à eau, promenades à vélo sur la « voie verte » en forêt, jardin potager sur place et pêche à l’étang sur place. Il en va finalement du développement de nos enfants, c’est-à-dire de la civilisation.

48,5 % des jeunes de niveau collège ont des difficultés de lecture

L’illettrisme, un fléau social

Avant toute chose, définissons de quoi l’on parle ! L’illettrisme concerne des personnes qui, après avoir été scolarisées en France, n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul, des compétences de base, pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante.

En juin 2019, sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale, une étude de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance montre que l’illettrisme touche 5,2% des 16-25 ans en 2018 ; ils étaient 5,1 % en 2014. Autrement dit, il y aurait une stagnation, voire une très légère augmentation de 0,1 point. L’illétrisme ne recule donc pas en France ! 

De quoi s’interroger sur l’apprentissage de l’écriture et de la lecture malgré tous les efforts fournis… d’autant plus que l’enquête met en avant un chiffre record : 48,5 % des jeunes de niveau collège ont des difficultés de lecture. De quoi remettre en question tout notre système d’apprentissage national de notre langue française !

Sauf… que « les résultats de l’année 2018 ne peuvent pas être interprétés en évolution » nous dit l’enquête. En effet, « une rupture de série par rapport aux années antérieures à 2016 a été constatée. Elle est causée par « des problèmes techniques rencontrés lors des passations ». Ces problèmes ont empêché « les jeunes de répondre à certains items, or une non-réponse est considérée comme une non-maîtrise de ce qui est attendu ». Par conséquent, « le pourcentage de jeunes en difficulté de lecture est surestimé en 2018, 2017 ainsi qu’en 2016 ».

D’où trois questions !

La première question : comment expliquer qu’il ait fallu trois années pour s’apercevoir des « problèmes techniques » ?

La deuxième : comment expliquer que scientifiquement une non-réponse soit équivalente à « non-maîtrise de ce qui est attendu » ? 

La dernière, enfin : ces biais techniques invalident-ils tous les résultats de l’enquête ministérielle ?

Si nous ne pouvons répondre aux deux premières, la dernière question appelle cependant une réponse claire : non ! Certains résultats sont exploitables !

En effet, ces résultats peuvent être étudiés à l’échelle départementale. S’il n’est pas possible d’apprécier de manière chronologique les résultats du fait de biais techniques existant dans les enquêtes de 2016, 2017 et 2018, il est facile de les considérer de manière synchronique – ou au même instant dans différents territoires – dans la mesure où le biais technique du logiciel a concerné tous les jeunes qui ont répondu à l’enquête en 2018 quel que soit leur territoire. 

Qu’observe-t-on alors ? Les différences départementales sont très fortes. 

Ainsi, la fréquence des difficultés de lecture est, en France métropolitaine, plus prononcée dans des départements du nord ou entourant l’Île-de-France. De fait, la part des jeunes en difficulté de lecture s’élève à 17,2% dans l’Aisne, 15,4% dans la Somme et 14,1% dans l’Oise. Elle atteint aussi 15,3% dans la Nièvre et 15,2% en Charente. En Île-de-France, la part des jeunes en difficulté varie de 5% à Paris à 12,3% en Seine-Saint-Denis. 

Ces inégalités territoriales sont à rattacher en particulier aux inégalités sociales, culturelles et économiques. Comment expliquer la différence de 7,3 points entre Paris et la Seine-Saint-Denis ? Notre réponse : lors d’une enquête qui a duré près de quatre ans auprès de 1 040 jeunes, notre cabinet THE OLIVE BRANCH a mis en lumière les disparités linguistiques dans l’enseignement primaire et secondaire dues aux inégalités sociales et culturelles des familles. Nous ne faisons que confirmer les résultats des sociolinguistes tels que ceux développés par Basil Bernstein. 

D’où, in fine, deux questions que je pose : 

  1. combien de temps encore va-t-on ignorer les résultats internationaux probants apportés par la méthode de Maria Montessori pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ?
  1. qui donc a intérêt à laisser se développer l’illétrisme, symbole de l’inégal accès à la culture, au savoir et donc à l’émancipation ?