Les 4 plans du développement des bébés humains

Avant de rentrer dans les aspects concrets de l’accompagnement des jeunes enfants, je voudrais rappeler quelques éléments fondateurs de la pédagogie Montessori. Certaines personnes pensent que Montessori, ce sont avant tout des matériels, des activités adaptées aux enfants. Mais pour moi, le plus important au-delà du matériel, c’est bien le regard que l’on porte sur l’enfant. Avant de proposer des choses à un enfant, il faut l’observer, le regarder pour mieux comprendre quels sont ses vrais besoins. Et dans cette observation, Maria Montessori nous aide beaucoup.

Le développement d’un enfant se fait par bonds successifs

La vision de l’éducation de Maria Montessori, c’est avant tout l’éducation comme une “aide à la vie”, une éducation qui prend en compte les besoins fondamentaux de l’enfant aux différentes étapes de son développement. Pour Montessori (et d’autres!), la vie n’est pas linéaire. Ce sont les expériences qui permettent de grandir, d’évoluer et non pas le temps qui passe. L’enfant se développe par bonds successifs. Il passe par des périodes pendant lesquelles des caractères vont se développer, maturer puis faire naitre une personnalité différente. Elle parle de naissance et de renaissance. 

Les 4 plans de développement de l’enfant

Pour mieux faire comprendre son raisonnement, Maria Montessori a élaboré une vision complète de ces étapes, qu’elle a nommés les 4 plans de développement. On retrouve ces 4 plans chez d’autres auteurs : Piaget, Freud. 

Les 4 plans de développement c’est une approche psychologique du développement de l’enfant, pour l’éducateur ou même pour les parents un guide auprès des enfants, puisque c’est à partir de la connaissance de ces périodes que l’on préparera un environnement adapté à l’enfant.

J’imagine que certain(e) d’entre vous les connaissent déjà, mais il me semble utile de vous les rappeler.

  1. 1er plan de développement, de la naissance à 6 ans : la petite enfance
  2. 2ème plan de développement, de 6 à 12 ans : l’enfance
  3. 3 ème plan de développement, de 12 à 18 ans : l’adolescence
  4. 4ème plan de développement, de 18 à 24 ans : la maturité

Dans chaque plan on retrouve 2 phases : 

– une phase créatrice, progressive

– une phase de maturation, de confirmation des caractères, de raffinement

En effet, l’enfant a besoin de temps de pause pour intégrer, digérer, métaboliser ce qu’il a observé, absorbé. Il ne peux pas être toujours en activité. L’excès de stimulation provoque une surexcitation, une frustration, un mal-être. 

Comprendre le développement de l’enfant

Maria Montessori a élaboré un schéma dynamique de ces plans de développement, qui permet de mieux comprendre, au-delà de leur succession, les spécificités de chaque plan et comment ils s’articulent les uns avec les autres. C’est le fameux schéma du “bulbe”, qui présente l’importance du 1er plan de développement (celui qui est l’objet de ce blog), en particulier car il formalise aussi la vie pré-natale. 

Sur ce schéma on a 3 couleurs. Le noir c’est la construction inconsciente, le noir évoque  métaphoriquement le fait que le développement est très caché, invisible à l’oeil nu. Le rouge est la construction visible, période intense. Le vert représente un développement plus paisible.

Le X est l’inconnu, pour symboliser qu’il y a aura toujours une part d’inconnu dans l’humanité. 

Le graphe du bas représente l’éducation traditionnelle, et montre qu’elle ne tient pas compte des caractéristiques des enfants aux différentes périodes de sa vie, puisqu’elle commence à 6 ans, et que plus il grandit plus il a de choses à apprendre. 

Maria Montessori fait commencer les correspondances avec le système éducatif sur le Bulbe à la crèche. Elle y indique le nom des grands éducateurs associés à chaque structure, puisque l’adulte a pour rôle de construire cet environnement favorable. 

L’environnement doit s’adapter à l’enfant à chaque période, pour que l’enfant devenu adulte soit à même de s’adapter et d’agir sur son environnement lorsqu’il sera devenu mature. En effet, même si l’enfant possède en lui dès la naissance un certain équipement, une force intérieure qui va lui permettre de se construire, ce n’est pourtant pas suffisant, il a besoin d’un environnement favorable qui lui permette de développer cette force, un environnement dans lequel un enfant peut faire des expériences qui vont le nourrir. 

Dans le prochain post, je reviendrai plus largement sur le 1er plan de développement. A bientôt !

L’ÉCOLE DU SENS POUR TOUTE LA VIE

De l’école à l’entreprise

Les études sont claires ! Dans l’entreprise comme à l’école, la France détient des records mondiaux de mal-être et de tensions entre celles/ceux qui sont aux commandes et celles/ceux qui subissent tant bien que mal…

Dans l’entreprise, en premier lieu.

Au niveau national, tous les sept ans, la DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques) du ministère du travail réalise une enquête importante pour comprendre la situation du travail en France : l’enquête Conditions de travail. La dernière, qui date de 2013 (516 questions posées à 33 673 personnes), met en lumière deux résultats essentiels. D’une part, les travailleurs se considérant « heureux » ont pour caractéristique principale… l’autonomie durant leurs heures de travail. D’autre part, ceux qui ont l’indice de bien-être le plus faible au travail sont celles et ceux qui ont des « tensions avec la hiérarchie »

Au niveau international, quand il s’agit de décrire le contexte économique et le degré de compétitivité dans plus de 140 pays et d’analyser les atouts ainsi que les freins à la croissance dans chaque pays, la France détient un record : les plus mauvaises relations de coopération employeur – employé derrière la Grèce. Autrement dit, la France possède les entreprises où la coopération patrons-salariés est la plus faible : elle ne profite pas au bon fonctionnement de l’entreprise et au bien-être de celles et ceux qui y travaillent. 

A l’école, en deuxième lieu. 

En 2015, la France est le 71e pays sur 72 où en termes d’indiscipline juste avant la Tunisie selon l’enquête PISA. Nos élèves n’écoutent que très peu, le désordre l’emporte sur la discipline, les élèves ont de réelles difficultés à travailler, les cours commencent avec retard, le calme est difficile à obtenir, la coopération n’a pas de sens entre les élèves et l’enseignant… 

Et si une école offrait les conditions de la créativité, de l’autonomie et de la coopération entre tous les enfants ? Mieux, et si une école suscitait le désir et le plaisir d’être créatif, autonome, entreprenant et coopératif ?

Et si cela pouvait durer toute la vie ? A l’école, dans l’entreprise, dans nos engagements citoyens et différentes responsabilités ?

C’est l’ambition entre autres de l’Ecole du Sens Pour toute la Vie ! https://www.lecole-du-sens.fr

Michel SERRES : la nécessité d’inventer d’inimaginables nouveautés en pédagogie !

Le philosophe Michel Serres nous a quitté, lui qui nous a tant appris sur la vie, les arts et les sciences. Un domaine l’a intéressé en particulier durant ses dernières années de réflexion : l’éducation.

Quelle est son analyse et la grande leçon dans ce domaine pour le philosophe ? 

Dans son discours Petite Poucette : Les nouveaux défis de l’éducation qu’il prononce lors d’une séance solennelle du 1er mars 2011, il nous livre en premier lieu un état des lieux : tout comme Edgar Morin, un changement de civilisation génère un autre corps, une autre connaissance et autre rapport au monde pour le « nouvel écolier ». Michel Serres observe que « ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n’a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, s’occupaient de labourage et de pâturage ; en 2010, la France, comme les pays analogues au nôtre, ne compte plus qu’1 % de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus immenses ruptures de l’histoire, depuis le néolithique. Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n’habite plus la même Terre, n’a donc plus le même rapport au monde ». Il souligne : « Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est ‘mort’ et l’image la plus reprise celle des cadavres ».

Habiter un nouveau monde…virtuel

Pour Michel Serres, nos enfants aujourd’hui « habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent ni n’intègrent ni ne synthétisent comme leurs ascendants. Ils n’ont plus la même tête. Ils n’habitent plus le même espace. Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare de la Seconde Guerre mondiale ». De fait, le philosophe qui est également grand-père appuie sa démonstration : « il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement. »

Mais comme « un atome sans valence, Petite Poucette est toute nue. Nous, adultes, n’avons inventé aucun lien social nouveau. De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l’invention et de la propagation de l’écriture ; de même qu’elle se transforma quand émergea l’imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. »

Alors… que faire une fois cet état des lieux posé ? 

Puisque « l’apprentissage est métissage » comme il le rappelle dans son Tiers-instruit (1992), il n’y a qu’une seule chose à faire : « Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites et nos projets. Nos institutions luisent d’un éclat qui ressemble, aujourd’hui, à celui des constellations dont l’astrophysique nous apprit jadis qu’elles étaient mortes déjà depuis longtemps. ». Ce n’est pas sans rappeler Maria Montessori qui en 1949 conclut une de ses conférences par : « nous avons étudié les moyens d’harmoniser les rapports entre enfants et adultes et nous avons beaucoup appris, mais il reste encore beaucoup à apprendre et à faire. »

Les 5 + de l’apprentissage des enfants quand ils sont connectés à la Nature

De la recherche…

Les expériences des enfants avec la nature – du sac à dos en pleine nature aux plantes dans une école maternelle, en passant par une leçon sur les grenouilles dans les zones humides – favorisent-elles leurs apprentissages ? 

Jusqu’en 2019, les affirmations péremptoires dépassaient les preuves sur cette question. 

Or, depuis cette date, une étude scientifique répond clairement à la question de l’impact de la Nature sur l’apprentissage. De fait, depuis les années quatre-vingts, le domaine a mûri, non seulement en corroborant des affirmations jusque-là non-démontrées, mais aussi en approfondissant la compréhension de la relation de cause à effet entre Nature et apprentissage. Des centaines d’études portent maintenant sur cette question et les preuves convergentes démontrent que les expériences de la Nature stimulent l’apprentissage académique, le développement personnel et la gestion responsable de l’environnement. 

Une brève étude, ou plus exactement une méta-étude faisant le point sur d’autres études résume les avancées récentes et l’état actuel de la science sur la question :

Ming Kuo, Michael Barnes and Catherine Jordan, « Do Experiences With Nature Promote Learning ? Converging Evidence of a Cause-and-Effect Relationship » (Les expériences avec la nature favorisent-elles l’apprentissage ? Preuve convergente d’une relation de cause à effet), Psychology in frontiers, 19 février 2019.

La recherche sur le développement personnel et les relations à l’environnement est convaincante : 

  • une trentaine de rapports émanant d’observateurs indépendants, de chercheurs ainsi que de pédagogues participant eux-mêmes aux études, indiquent des changements quant à la concentration des enfants, leur persévérance, la résolution de problèmes, la pensée critique, le leadership, le travail d’équipe et le désir d’apprendre lorsqu’ils sont connectés à la nature. 
  • plus de cinquante études indiquent que la Nature joue un rôle clé, d’une part, dans le développement de comportements pro-environnementaux, en particulier en favorisant un lien affectif avec la nature et, d’autre part, dans la volonté des enfants de s’engager au service des autres.

En résumé, l’apprentissage d’un enfant connecté à la Nature s’améliore nettement car l’enfant est : 

  • moins stressé,
  • plus attentif et concentré,
  • plus discipliné et coopératif,
  • plus intéressé, motivé et engagé,
  • plus physiquement actif et en forme !

…à l’action

Dès lors, n’est-il pas venu le temps de prendre la Nature au sérieux en tant que ressource d’apprentissage et de développement de l’être de l’enfant ? 

L’urgence est d’introduire la pédagogie axée sur la nature et la nature dans l’éducation afin d’élargir les efforts isolés existants aux pratiques de plus en plus courantes. Il convient ainsi de développer des jardins scolaires, des cours et des murs verts dans les salles de classe. Pour la pédagogue Maria Montessori, la période allant de 12 à 18 ans est nommée Erd Kinder, ce qui signifie en hollandais : « Enfants de la Terre ». En ce sens, elle préconise une ferme que les adolescents doivent pouvoir gérer, accompagnés par les adultes. 

De notre côté, nous proposons avec Ekolo (http://www.ekolo.bio) les premières « colos » écolos en forêt en adoptant la posture montessorienne. 

Ces séjours de loisirs d’été reposent sur un premier principe : « l’autonomie des enfants ». Autrement dit, ils choisissent selon leurs envies et en fonction des contraintes en agora (ou assemblée)leurs activités. Un deuxième principe est « la santé dans l’assiette ». Autrement dit, les enfants cuisinent et mangent « bio et local » : des partenariats sont réalisés avec les producteurs locaux « bio ». Un troisième principe est « un cadre apaisant et sécurisé ». Autrement dit, alors que la loi oblige un encadrement d’un adulte pour douze enfants, ces séjours ont un adulte pour quatre enfants. Un quatrième principe est que ces séjours sont accessibles au plus grand nombre : ils sont en moyenne 15 % moins chers que les autres séjours. 

Enfin, le dernier principe est la connexion à la Nature : construction des cabanes dans la forêt, atelier de bricolage en plein air, atelier poterie et sculpture, balades en forêt, observations de la faune et de la flore, circuits à bille et à eau, promenades à vélo sur la « voie verte » en forêt, jardin potager sur place et pêche à l’étang sur place. Il en va finalement du développement de nos enfants, c’est-à-dire de la civilisation.

48,5 % des jeunes de niveau collège ont des difficultés de lecture

L’illettrisme, un fléau social

Avant toute chose, définissons de quoi l’on parle ! L’illettrisme concerne des personnes qui, après avoir été scolarisées en France, n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul, des compétences de base, pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante.

En juin 2019, sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale, une étude de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance montre que l’illettrisme touche 5,2% des 16-25 ans en 2018 ; ils étaient 5,1 % en 2014. Autrement dit, il y aurait une stagnation, voire une très légère augmentation de 0,1 point. L’illétrisme ne recule donc pas en France ! 

De quoi s’interroger sur l’apprentissage de l’écriture et de la lecture malgré tous les efforts fournis… d’autant plus que l’enquête met en avant un chiffre record : 48,5 % des jeunes de niveau collège ont des difficultés de lecture. De quoi remettre en question tout notre système d’apprentissage national de notre langue française !

Sauf… que « les résultats de l’année 2018 ne peuvent pas être interprétés en évolution » nous dit l’enquête. En effet, « une rupture de série par rapport aux années antérieures à 2016 a été constatée. Elle est causée par « des problèmes techniques rencontrés lors des passations ». Ces problèmes ont empêché « les jeunes de répondre à certains items, or une non-réponse est considérée comme une non-maîtrise de ce qui est attendu ». Par conséquent, « le pourcentage de jeunes en difficulté de lecture est surestimé en 2018, 2017 ainsi qu’en 2016 ».

D’où trois questions !

La première question : comment expliquer qu’il ait fallu trois années pour s’apercevoir des « problèmes techniques » ?

La deuxième : comment expliquer que scientifiquement une non-réponse soit équivalente à « non-maîtrise de ce qui est attendu » ? 

La dernière, enfin : ces biais techniques invalident-ils tous les résultats de l’enquête ministérielle ?

Si nous ne pouvons répondre aux deux premières, la dernière question appelle cependant une réponse claire : non ! Certains résultats sont exploitables !

En effet, ces résultats peuvent être étudiés à l’échelle départementale. S’il n’est pas possible d’apprécier de manière chronologique les résultats du fait de biais techniques existant dans les enquêtes de 2016, 2017 et 2018, il est facile de les considérer de manière synchronique – ou au même instant dans différents territoires – dans la mesure où le biais technique du logiciel a concerné tous les jeunes qui ont répondu à l’enquête en 2018 quel que soit leur territoire. 

Qu’observe-t-on alors ? Les différences départementales sont très fortes. 

Ainsi, la fréquence des difficultés de lecture est, en France métropolitaine, plus prononcée dans des départements du nord ou entourant l’Île-de-France. De fait, la part des jeunes en difficulté de lecture s’élève à 17,2% dans l’Aisne, 15,4% dans la Somme et 14,1% dans l’Oise. Elle atteint aussi 15,3% dans la Nièvre et 15,2% en Charente. En Île-de-France, la part des jeunes en difficulté varie de 5% à Paris à 12,3% en Seine-Saint-Denis. 

Ces inégalités territoriales sont à rattacher en particulier aux inégalités sociales, culturelles et économiques. Comment expliquer la différence de 7,3 points entre Paris et la Seine-Saint-Denis ? Notre réponse : lors d’une enquête qui a duré près de quatre ans auprès de 1 040 jeunes, notre cabinet THE OLIVE BRANCH a mis en lumière les disparités linguistiques dans l’enseignement primaire et secondaire dues aux inégalités sociales et culturelles des familles. Nous ne faisons que confirmer les résultats des sociolinguistes tels que ceux développés par Basil Bernstein. 

D’où, in fine, deux questions que je pose : 

  1. combien de temps encore va-t-on ignorer les résultats internationaux probants apportés par la méthode de Maria Montessori pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ?
  1. qui donc a intérêt à laisser se développer l’illétrisme, symbole de l’inégal accès à la culture, au savoir et donc à l’émancipation ? 

Tout est dit…

Cet article est originellement signé de Michel et Fanny Lanternier (Fonds documentaire du CNMN– En guise d’éditorial – Années 1969 -70- 71).

Tout est dit, et l’on vient trop tard, depuis qu’il y a des hommes, et qui pensent…

Il semble que l’on pourrait dire à propos de l’enfant, que « tout est dit », si l’on en juge par l’énorme richesse, ou, comme certains le pensent, l’énorme fatras publié à propos de l’enfant. Est-il donc nécessaire d’en écrire encore…?

La pensée de Maria Montessori, quand on a eu la chance de pouvoir l’étudier, l’expérimenter, la traduire en langage de notre époque, apporte, nous semble-t-il, un fil conducteur continu, une lumière calme et réconfortante, soleil à côté des éclairs spasmodiques et souvent inquiétants qui précèdent d’habitude l’orage, projetés au hasard des courants psychologiques ; un amour respectueux du côté de la vie à côté de recettes qui la font supporter ; enfin, surtout un bon sens si solide et si constructeur que l’on ne peut se refuser d’en faire profiter ceux qui sont en recherche.

Connaître les étapes de la croissance de l’enfant

N’est-ce pas là une clé du problème ? Un enfant de six mois ne se traite pas comme un enfant de quelques jours, et encore moins comme un enfant de trois ans. Savoir et sentir profondément que cette croissance se fait dans le sens de la finalité à atteindre, non pas au hasard de la chance, mais suivant des lois précises qui, si elles ne sont pas respectées, occasionnent des déviations importantes.

L’enfant acquiert le mouvement, la marche, le langage, l’ordre, s’il trouve dans l’ambiance qui l’entoure, au moment voulu, une aide et un stimulant. Comment pouvons-nous être une aide dans ce mouvement vers le « Plus être », dont parle TEILHARD DE CHARDIN ?

Si l’enfant de quelques mois qui regarde la bouche de sa mère avec une intensité qui nous frappe, afin d’acquérir le langage, se trouve devant une bouche tendue, aux lèvres crispées par le désir ou le besoin de « faire vite », à cause de la tension nerveuse amenée par un rythme de vie souvent inhumain, cet enfant sera lésé dans un des besoins les plus profonds de son être, puisqu’il cherche à acquérir une des plus grandes caractéristiques de l’homme : « pouvoir  s’exprimer ». Cet enfant criera, manifestera par sa colère ce qu’il ne peut exprimer par des paroles ; il n’est pas compris.

Ceci est valable pour un moment précis de sa croissance ; mais ne faisons pas l’erreur de croire que ce besoin n’évoluera pas, et qu’après l’acquisition du langage syntaxique, il n’aura pas à acquérir encore, au fur et à mesure de son développement et à perfectionner ce langage. 

Observer et situer l’enfant

Situer l’enfant par rapport à ces lois de croissance et dans l’optique de sa finalité, n’est-ce pas là l’essentiel de ce que Maria Montessori nous apporte ?
Vingt-cinq ans d’observations faites en milieu d’enfants ni privilégiés, ni handicapés, de milieux absolument divers m’obligent à penser que Maria Montessori nous ouvre une voie très sûre, où nous devons avancer, chacun selon notre personnalité, découvrant petit à petit, sans brûler les étapes, ce qui peut rendre les enfants heureux.

A la poursuite du bonheur

Car ce n’est que dans la poursuite de notre finalité que nous pouvons trouver un bonheur vrai, et ce bonheur nous savons qu’il n’est jamais atteint une fois pour toutes : il est une marche en avant. 

Les lois de la croissance de l’enfant selon Maria Montessori

Cet article a été publié originellement par Jeannette Toulemonde et le comité de rédaction – Fonds documentaire du Centre Nascita Montessori du Nord-L’Enfant et la Vie, Juin 1972. 

Qui est Maria Montessori ? Une femme parmi d’autres, au grand cœur, qui s’est penchée sur le problème de l’enfance. Voici un peu l’image d’Epinal de Maria Montessori à laquelle succède immédiatement une autre pensée : ils sont nombreux les hommes et les femmes de grand cœur qui se sont penchés sur le problème de l’enfance depuis Fénelon et Rousseau. Le nombre de ces grands esprits qui se sont intéressés à l’éducation n’a cessé de croître, et à ces esprits se sont joints tous ceux qui ont présidé à l’élaboration de ‘méthodes’, c’est-à-dire d’un ensemble de règles sur lesquels repose l’enseignement. En quoi l’œuvre de Maria Montessori comporte-t-elle quelques caractères qui la fait se distinguer des autres ?

L’éducation implique l’étude de la vie

Le chemin pris par Maria Montessori est proche du biologiste : l’éducation implique l’étude de la vie. Ce chemin consiste à créer autour du sujet que l’on veut étudier, les conditions optimales favorables à la manifestation des caractères réels du comportement naturel. Il nous faut étudier le fonctionnement spécifique de l’intelligence de l’enfant et ensuite les étapes de croissance, base évidente du travail sur l’enfant.
Il est facile de saisir qu’un être vivant, mis dans une ambiance qui lui est favorable, donnera des signes caractéristiques d’une vitalité qui échapperait ou qui serait complètement caché dans un milieu qui ne lui permettrait pas de se révéler, ou qui même, serait créateur par phénomène de self défense, de caractères parfois opposés ; caractères qu’il faudrait interpréter à leur juste valeur. N’est-ce pas le cas, par exemple, des manifestations de tendances de la jeunesse actuelle qui ne sont que des réactions, peut être anarchiques, dues à des conditions non conformes aux lois de la croissance de l’être ?

Pas de « remède » éducatif spécifique

Pierre Lecomte du Nouy (contemporain de Maria Montessori, mathématicien, biophysicien, philosophe et écrivain), exprime son désespoir en ce qui concerne les phénomènes de la psychologie humaine. Jamais, dit-il, en en effet, on ne pourra mettre sous le scalpel un fait psychologique. Mais Teilhard de Chardin (contemporain de Maria Montessori, scientifique, paléontologue, auteur) apporte sa pierre à l’édifice quand il formule le principe suivant : « C’est une œuvre reconnue en sciences, que la ‘réalité’ d’un objet, -même directement insaisissable, une masse atomique par exemple), que de pouvoir être décelé, toujours le même, par une série de méthodes différentes. Cette pleine convenance de quelque-chose d’identique à un groupe varié d’expériences, circonscrit aussi sûrement un ‘noyau’ naturel’, que le toucher ou la vie ».
Il est courant de reprocher à Maria Montessori le manque de spécificité des remèdes qu’elle propose au plan éducatif, les méthodes ayant en général leur petite bouteille de médicament pour chaque cas en particulier. Il existe des détracteurs forcenés de la pensée de Maria Montessori qui ignorent les fondements même de cette pensée.
La pensée de Maria Montessori nous a révélé des valeurs universelles qui trouvent leur justification dans le terme d’universelle convenance, cité ci-dessus par Teilhard de Chardin. Mais attention, ‘universelle convenance’ ne veut pas dire attitude unique envers tous les enfants, sans tenir compte de leur âge, par exemple.
Si l’on se plait à souligner que l’attitude universelle convenable, qui se dégage de la pensée Montessorienne est le respect de l’enfant ce respect doit être très nuancé, c’est-à-dire revêtir de formes diverses suivant l’âge de l’enfant intéressé. Il s’agira toujours de respect, mais de respect des besoins psychologiques réels, et non d’un respect qui confine au laxisme

Le fonctionnement spécifique de l’intelligence de l’enfant

Le travail de l’enfant est unique, inconscient ; c’est pour cela que l’adulte ne peut avoir aucun souvenir de ce travail, et qu’il ne peut, par conséquent, pas l’identifier. Dès sa conception, l’enfant possède en lui toute la puissance qui lui fera réaliser l’homme qu’il doit être. …/…
Nous savons qu’au plan biologique rien ne lui sera ajouté à partir du moment où conçu, il va se développer. Ce qu’il contient est à la fois physique et psychique, à la fois physique et spirituel…/…
Si les étapes physiques sont remarquables, combien plus remarquables sont les étapes psychologiques. Lorsque l’on cherche à cerner la vie, lorsque l’on se pose la seule question importante : qu’est-ce que la vie ? On est immanquablement amené à se rendre compte qu’il faut aller vers des critères essentiellement spirituels pour la cerner.
La vie n’est certainement pas seulement respiration et reproduction cellulaire…/… La vie est conscience. Et même… Cette fleur de la conscience que l’on appelle le psychisme. 

Comment expliquer la mise en œuvre du psychisme ?

Comment nous représenter cette création ? Certainement pas ‘ex nihilo’. Nous pouvons observer que la croissance de l’enfant suit un plan préétabli. Les phénomènes ne se succèdent pas au hasard, mais au contraire avec une rigueur absolue ; et l’esprit de l’homme est tellement convaincu par l’expérience de la valeur de ces étapes de croissance que, si par hasard l’un de celles-ci vient à manquer, il en conclue à une maladie. 

Prenons un exemple : celui de la création du langage. Ce que nous savons c’est que quelle que soit la nature du langage maternel, il sera acquis à deux ans. Simple ou complexe, l’enfant de deux ans parlera son langage maternel. Il y a déjà là quelque-chose qui échappe à un raisonnement purement humain.
Petit à petit se concentrant, se différenciant, se transmutant, cette énergie psychique initiale devient langage et langage parfait : le langage maternel. N’allons pas croire qu’il s’agit de quelque-chose d’analogue à une transformation chimique pure. En effet au sein de cette matière psychique existe une sensibilité correspondant curieusement à la sensibilité de sa mère au même moment et c’est cette sensibilité qui est le facteur central et essentiel de cette ‘nébuleuse’ psychique. Ne pensons pas, non plus, à une forme d’égoïsme à deux : la mère et l’enfant. Mais sachons reconnaître que si toute cette nébuleuse psychique était coupée de la vie, il y aurait peut-être un admirable développement, mais non intégré à la vie. Un peu quelque chose comme un développement in vitro. C’est parce que, par des liens mystérieux, cet admirable échange de sensibilité réciproque est relié à la vie que se produit ce phénomène ineffable de création de quelque-chose de parfait, que nous ne devons pas confondre avec son développement ultérieur. Coupé de la vie, il n’a plus de sens ; privé de la réciprocité d’affection, il se bloque, il ne se développe pas. Il reste inerte jusqu’à entrainer la mort. 

Nous pensons alors qu’il est logique d’extrapoler un tel processus de création aux différentes phases successives par lesquelles devra passer l’homme pour atteindre sa stature définitive :
1 -D’abord exister
2 – Création de l’Homme moral
3 – Création de l’Homme social
4 – Création de l’Homme politique.

C’est cette totalisation d’hommes qui crée l’Homme.

L’autonomie dans l’éducation Montessori

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Le premier élan de l’enfant dès la naissance, et durant ses années de formation, s’énonce en un mot sans équivoque : AU-TO-NO-MIE.

Et pour ce faire, il réclame avec force, et toujours plus consciemment, des activités où il s’affranchit de l’adulte. Cet aboutissement passe nécessairement par l’exercice de sa volonté, à travers des explorations et des apprentissages dont il a l’initiative ; il y gagne en capacité de concentration, en précision et en complexité ; c’est ainsi qu’émerge en lui l’auto-discipline, corps, cœur et esprit.

Celle-ci s’acquiert d’autant mieux que l’enfant ressent l’autorité exercée envers lui par son environnement comme étant bonne et accessible.

Progressivement il fait face aux réalités de la vie, il consent aux lois du ‘vivre ensemble’, il honore son destin au sein de l’univers auquel il est ouvert. Il est devenu un être libre en toute dignité.

Le dernier mot et la notion d’autonomie chez Montessori

Célia, 6 ans, veut avoir le dernier mot. Ceci à de nombreuses occasions, pour ne pas dire toutes.

Elle refuse les ordres et demandes ou surenchérit jusqu’à obtenir gain de cause les laissant tous épuisés.

Serait-ce sa manière d’exprimer tant bien que mal cette tendance humaine puissante qui l’anime, qui consiste à conquérir son autonomie par elle-même ?

Ce comportement excède Marie-Adèle et Christian ses parents.

Participant tous deux à l’Atelier Parent-Chercheur, sur le thème « Observer en vue d’aider », ils décident de porter une attention particulière à ce moment délicat des devoirs chaque week-end, qui commencent sous tension pour finir en discorde bruyante. 

Je les y encourage.

Lors de la rencontre suivante nous faisons le point sur la période passée et j’aime entendre, cette belle observation-hypothèse-remédiation de leur part.

Marie-Adèle et Christian ont mis en œuvre leur décision et voilà ce qui s’est passé chez eux.

Plutôt que de mener la barque car « avec quatre enfants faut que ça tourne » (Celia ayant trois frères et sœurs aînés), et non sans quelques résistances bien légitimes – parce qu’ils veulent honorer la loi de cette école où les devoirs sont incontournables – ils ont néanmoins pris le risque de proposer à Celia de choisir l’heure des devoirs.

Ils ont donné un cadre acceptable pour respecter l’organisation de la vie de l’ensemble de la famille. Durant le week-end, Marie-Adèle a bataillé avec elle-même afin de ne pas se laisser emporter par la peur que le travail ne soit pas fait.

Christian, quant à lui, s’est rappelé qu’il n’irait pas rappeler le deal à leur fille et qu’il la seconderait lorsqu’elle leur signalerait qu’elle se mettait au travail. Ce qu’elle n’a pas manqué de faire avec netteté dès lors qu’elle avait décidé : à 18 heures le dimanche.

Son papa l’a laissée commencer par la matière de son choix :  la poésie ; il s’est interdit de tracer lui-même les lignes à la craie comme il le faisait d’habitude (et si droit) pour l’entraînement à l’écriture ; il a dû lâcher prise quand, alors qu’elle avait presque fini, elle a soudain eu besoin de faire une pause !

Enfin celle-ci s’est installée à la table de la salle à manger et c’est là qu’elle a réalisé avec appétit son dernier travail, deux additions. Satisfaite, elle s’est rendue au repas qui fut paisible.

Plutôt que de faire la leçon à leur fille, ces parents chercheurs ont reçu d’elle une leçon de vie que l’on pourrait expliciter ainsi : Être à l’initiative vis-à-vis de ses propres affaires amène plaisir et créativité en soi et détente pour les autres.

Ce soir-là, cette petite fille a exercé librement un contrôle sur son environnement (les parents, le rapport au temps et à l’espace), qui n’avait rien d’un emportement, mais tout d’une affirmation constructive.

Elle a également été maitresse d’elle-même et le dernier mot c’est à elle-même qu’elle a su l’adresser en allant au bout d’un travail auquel elle a consenti, obéissant avec intelligence à la loi des autres de son plein gré.

Je ne doute pas que les aînés entre 10 et 17 ans bénéficieront aussi de cette expérience courageuse et inoubliable de la part des parents.

La famille dans l’éducation Montessori

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Quel parent n’est pas tombé sur un produit estampillé Montessori. Pour en faire quoi ?

Selon Renilde Montessori, petite fille de Maria, il n’est pas souhaitable de « faire du Montessori » chez soi si l’on pense qu’il s’agit de recréer l’ambiance spécifique (préparée par les professionnels). Il est très souhaitable de faire du Montessori chez soi en agissant selon les principes de l’éducation comme une aide à la vie qu’est la pédagogie Montessori.

Le parent a pour grande mission de seconder au plus près cet élan vital qui anime l’enfant, là où réside tout ce potentiel humain fragile et puissant à la fois.

N’est-il pas très bien placé, lui qui accompagne cet enfant, ce jeune jour et nuit durant cette longue période de formation ?

Il a le pouvoir de l’ouvrir à l’univers pour qu’il en ait les clés d’usage, favoriser une expérience de paix dans les relations tissées entre eux, d’intervenir bien-sûr chaque fois qu’il se perd, témoigner par sa propre vie de l’essentiel par rapport au futile !

Vivre la proposition Montessori à la maison est gratuit et pour tous ! C’est une manière d’être présent à soi et à l’enfant.

Cette piste très sérieuse peut donner un avenir heureux à l’humanité et la joie d’être ce parent là avec cet enfant-là dans le monde d’aujourd’hui.

L’importance de la famille et des parents dans l’éducation Montessori

J’accompagne Priscilla, depuis huit mois et elle me questionne en direct lors de nos rendez-vous par Skype ou en direct ou par courriel :

  • Quel lit bas ?
  • Quelle largeur ?
  • Quelle forme ?
  • Faut-il de la couleur, des motifs ?
  • Nina (deux ans et demi) ne va-t-elle pas se cogner aux meubles la nuit ?
  • Trouvera-t-elle une « vraie » ambiance Montessori dans l’école où je l’ai inscrite dès la naissance ?
  • Souffre-t-elle de nos trois déménagements alors que je sais maintenant qu’elle a besoin d’ordre pour se construire ?
  • J’ai hurlé sur Nina, je reviens très souvent sur ce moment, pas elle, je me sens coupable, saura-t-elle me pardonner ?
  • Etc.

C’est qu’il y en a des questions et des doutes quand on est jeune parent. Je peux la comprendre, j’ai aimé moi aussi être éclairée dans cette période intense de la vie.

Garder son bon sens, faire le choix de la simplicité, dormir suffisamment, structurer l’espace et le temps, oser le silence plutôt que de forcer l’expression du ressenti, bien s’entourer, penser par soi-même, etc.

Voilà des attitudes que cette maman solo découvre peu à peu.

La preuve en est quand après moult retournements que j’accompagne, voilà qu’elle annule finalement l’inscription de sa fille à l’école dite Montessori tant projetée, à quelques jours de la rentrée à temps partiel.

Elle opte pour que celle-ci reste encore un peu en crèche où elle est finalement plutôt bien, pourquoi l’en défaire ? Elle envisage une rentrée à trois ans, dans une école à proximité de son nouveau lieu de vie, une école que je sens bien me dit-elle après une rencontre auprès de deux établissements.

À cette occasion j’ai la preuve que Priscilla compose avec la réalité ; de plus elle révèle qu’elle n’a plus le budget, qu’elle n’a pas de permis et qu’elle vit désormais à quarante-cinq minutes à pied de ce lieu rêvé sans transport en commun sérieux. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Priscilla a su mettre au second plan son idéal et le diktat qui voudrait dans certains milieux, qu’il n’y ait que Montessori pour recours ; la voilà capable d’assumer les conséquences de ce choix. La détente que procure cette décision permet aussitôt à Nina de goûter sans attendre à une certaine paix à la maison, n’est-ce pas là une manière d’approcher la proposition Montessori entre autres, et sans attendre.

En se rendant au réel, cette maman courageuse et chercheuse n’a pas pour autant lâché ses aspirations et ses intuitions.

Elle est en chemin et Nina n’en veut pas d’autre.

La place de l’adulte dans la pédagogie Montessori

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Lorsque je suis entrée dans ces classes spécialisées, j’ai rencontré des enfants qui avaient non seulement une déficience intellectuelle, mais de grandes difficultés d’ordre physique de types hémiplégie, paraplégie, déficience visuelle, crises d’épilepsie. 

Montessori c’est révolutionnaire !

De ce fait ces enfants étaient toujours accompagnés voir assisté et très souvent on faisait les choses à leur place. Et moi j’arrive en disant « Et bien, on va arrêter tout ça ! » J’ai déclenché un vent de panique ! Et tout à coup, Montessori est devenu dangereux ! Je savais que nous étions à la veille d’une grande révolution ! Et là, je me suis rendu compte que le plus grand travail à faire n’est pas avec les enfants, mais avec les adultes. Vous savez, ce sont les adultes qu’il faut changer, pas les enfants !

Il est vrai que nous avons actuellement une culture du contrôle et de la peur. Plus nous voulons protéger l’enfant, plus nous le contrôlons. 

Et pourtant, nous souhaitons que l’enfant, là où il en est et avec ce qu’il peut faire, développe sa confiance.

Mais comment pouvons-nous favoriser le développement autonome de l’enfant si nous court-circuitons en permanence son développement y compris dans des situations sans risque ? Comment l’enfant ne peut-il pas douter de lui-même quand nous intervenons sans cesse pour « corriger » ce que nous nommons trop communément « erreur » ? Et comment peut-on ouvrir à l’enfant des espaces d’apprentissages dans une culture où nous avons pris l’habitude de « parler » quand nous pourrions simplement « montrer ».

La confiance n’est pas un sentiment, elle relève de l’observation

Dans notre culture nous pensons beaucoup mais nous observons peu. Or, l’observation attentive d’une situation peut nous permettre de prendre une décision adaptée. 

Or, nous avons fini par amalgamer la confiance avec un sentiment. Dans le langage courant nous utilisons souvent ce « sentiment » lorsque nous disons par exemple : « je sens que je peux avoir confiance en toi ». Pourtant, l’enjeu n’est pas de « ressentir » ce qui laisserait alors beaucoup de marge au risque et à l’incertitude mais d’observer la disponibilité d’une capacité au regard d’une situation donnée. Ainsi l’observation permet d’évaluer la fiabilité d’une habileté à se déployer dans une situation qui peut la mobiliser.

Exemple : petite fille et le plateau.

L’enfant a réalisé 2 choses :

  • que de faire tomber l’objet n’était pas grave ! Elle pouvait ramasser puis recommencer. Au début elle attendait qu’on vienne. Elle a observé pensant qu’on allait la gronder, mais non, nous l’avons encouragé à ramasser comme elle pouvait.
  • Qu’elle pouvait porter la corbeille seule d’un point à un autre sans renverser. 

Je ne pourrais pas avec les mots décrire sa joie ! 

Pourquoi la joie de cette enfant a été rendue possible ?

Parce qu’il y a eu un minimum d’intervention, voir pas d’intervention du tout 

Quelques soit les difficultés de l’enfant, que ce soit pour acquérir des connaissances utiles ou pour développer une habileté, les enfants ont tous leur propre rythme et ce rythme est à respecter. 

Semblable à une plante, on peut accompagner leur poussée par quelques gestes favorables. Mais la poussée viendra en définitive par elle-même. A vouloir la provoquer, la récolte n’en sera que compromise.

L’enseignante a fait le même parcours que l’enfant

Il a fallu stopper son élan pour aller secourir l’enfant plus d’une fois !

Et puis un jour, elles ont compris, que l’enfant procède par tâtonnements afin de réaliser une activité. En répétant de multiple fois la somme de gestes qui peuvent conduire à un résultat, il acquiert la conscience du temps nécessaire à l’actualisation d’une réalisation et la patience pour la conduire à son terme.

Grâce à l’observation des enfants la peur a disparu et surtout la fausse croyance qui est de croire que pour être une bonne enseignante il faut aider aider à tout moment les enfants. 

L’ambiance des 2 classes a complètement changé.

La place de l’adulte dans la pédagogie Montessori : ce qu’il faut retenir

  1. La confiance n’est pas un sentiment, elle relève de l’observation
  2. Pas ou peu d’interventions sauf s’il y a un « vrai » danger

Mon cadeau

« Libérez le potentiel de l’enfant et vous transformerez le monde avec lui » Maria Montessori